Culture

Le meilleur de la variété 2020 : Ben Mazué, Gaël Faye, Emma Péters, Melody Gardot, Rex Orange County

Auteur : Olivier Lauriot dit Prévost
Article publié le 11 décembre 2020

Que retenir de la variété en 2020 ?  Notre sélection ne constitue pas une discothèque idéale, mais des coups de cœur subjectifs pour un artiste de l’année, Ben Mazué et deux albums subtiles, et avec ceux de Gaël Faye, Emma Péters, Melody Gardot, Rex Orange County complémentaires à partager avec sa maman confinée sans trop de danger pour réussir de bonnes fêtes. En 2021, sera d’une autre eau !

Ben Mazué, prose sincère, justesse du son. L’artiste à retenir de 2020. 

Ben Mazué, né en 1981, est un médecin niçois qui s’acharne à vouloir sortir des albums depuis 2011 tout en exerçant son métier. Ses deux premiers albums suivent une histoire ordinaire : après une production en studio, des tournées successives dans toute la France, et un succès modeste. Héritier d’une prose riche et accessible qui ne rougirait pas devant l’intelligence des textes de Nougaro, Ben Mazué touche par la justesse de son histoire et la musicalité de son propos. Il suffit de se laisser emporter par le souffle estival d’une histoire d’amour à la Claude Sautet.
A bientôt quarante ans, son écriture chatoyante possède une richesse musicale qui fait de lui notre artiste de l’année 2020 .

Commençons avec son avant-dernier album, La femme idéale, qui, à la différence de ses précédents opus (Ben Mazué, 33 ans) a été créé et pensé pour être joué en live (à L’Olympia, excusez du peu). La femme idéale se transforme alors en La princesse et le dictateur (Sony Music France). Et la magie opère ! Porté par le phrasé de Robin Notte au piano, Ben transforme ce concert en une histoire complète en audiodescription. Il réussit à trouver un équilibre remarquable entre son humour charmant et la mélancolie des jours heureux qui sont derrière lui. Sorti pendant le premier confinement, il reste un des projets les plus originaux de l’année. Ben Mazué est en tournée toute l’année prochaine.
Mes titres préférés : Les aînés, J’attends, Dans le Mille

Vous avez survécu à cette première expérience auditive ? Tant mieux, Ben Mazué vous invite dans son Paradis, sorti début novembre (Sony music). Ne vous fiez pas à l’apparente simplicité d’exécution : ses mélodies, sinueuses, sont soutenues par des harmonies vocales travaillées et mise en valeur par l’acoustique de chambre de cette petite perle d’album. Comme à son habitude, ce parolier hors pair fait part des tempêtes qu’il traverse dans sa vie. Dans le tumulte de ses émotions, il nous livre un témoignage plus vrai que nature, dans lequel on (re)découvre les voix de Jérémy Frérot, Poupie, et Anaïde Rozam, auteur des paroles du titre Semaine A/SemaineB.
Mes préférés : Nulle Part, Quarantaine, Parents

Parcels – Live Vol.1, Kitsuné (sous license Because Music)

Partons maintenant à Berlin pour retrouver le groupe australien Parcels. Repéré il y a quelques années par le label parisien Kitsuné Music, avec qui ils ont sorti leur premier EP. Leur premier single, Overnight, est produit par le légendaire duo français Daft Punk. Le résultat : un son unique, très net, hommage vibrant au carrefour du funk et du disco. Une batterie solide, sur laquelle s’ajoutent successivement une basse digne des plus belles heures de James Jamerson (Motown), des claviers/synthétiseurs qui remplissent la partie medium du spectre, et une guitare à la Niles Rodgers. Sur cet ensemble, déjà très réjouissant, se pose le quatuor composé des voix des membres du groupe, pour un résultat jouissif.
Mes préférés : Lightenup, Gamesofluck, Closetowhy

Gaël Faye, Lundi Méchant, Allpoints (Ex Believe Recordings)

Connu pour son prix Goncourt des lycéens qu’il a obtenu en 2016 pour son roman, Petit Pays (Grasset), Gaël Faye est aussi musicien. Il aborde par la musique un thème qui lui est cher : l’histoire de son pays d’origine, le Rwanda. Il fait plonger son auditeur dans une nuit noire parsemée de quelques moments de clarté. Son style, parlé, sur la musique qui se répète, et souvent cru, se déguste au fil des écoutes. Il faut se laisser toucher, ou envoûter, selon la sensibilité, par le flot rythmé des paroles plongées dans les sons aériens de ce Lundi Méchant. Cette diction particulière côtoie également ceux où l’artiste chante librement.
Mes préférés : C’est cool, Histoire d’Amour, NYC.

Emma Péters, Emma Peters, Indépendante, distribution TuneCore

Dernièrement signée chez Zouave pour ses prochaines tournées, Emma Péters fait mouche avec un premier album éponyme composé de reprises de musique urbaine et de variété française de multiples époques.
L’instrumentation est plutôt simple ; une guitare jazz en association avec la voix riche, souple et fraîche de l’artiste. Sur cette base savoureuse, ajouter des producteurs de musique que l’on pourrait dire « électro », tels que Crisologo, Mayko ou Juicy Cola pour des reprises explosives. La richesse de l’album provient aussi de la diversité des reprises : du plus classique, Claude François, au plus surprenant, PNL, Damso. A écouter puis réécouter.
Mes préférés : Possédés, Tueurs, Clandestina (Version acoustique)

Pour compléter cette sélection somme toute très française, deux recommandations qui s’éloignent du pays des milles fromages.

 Melody Gardot, Sunset in the blue, Decca

 Sunset in the blue est un feu de cheminée dans cet hiver bien morne. Premier album enregistré après le confinement dans le très célèbre studio 2 d’Abbey Road, il est le fruit de la collaboration entre Melody Gardot, au chant, et de sa fidèle amie, la Bossa Nova. C’est un clin d’œil au sublime My one and only thrill paru il y a maintenant 11 ans. Même voix susurrée au micro, d’une douceur seulement égalée par la patine magique du Royal Philharmonic Orchestra sur les arrangements de Vince Mendoza, petite légende de studio.
Rien de révolutionnaire ici, si ce n’est la célébration magistrale de la fusion entre le jazz et la musique traditionnelle brésilienne, véritable musique de chambre du pays du Corcovado.
Mes préférés : Ninguém, Niguém ; If You Love Me, I Fall In Love Too Easily

Rex Orange County, Live at Radio City Music Hall, (sous license à Sony Music)

Autant finir là où cette sélection a commencé. L’industrie se retrouve face à un des plus grands défis depuis la crise du disque et l’avènement du streaming : L’absence quasi complète de live sur la deuxième partie de 2020. Cette partie pourtant essentielle de la vie d’un musicien survit à travers les quelques albums d’artistes qui justifient une réelle présence sur scène, au chant, à la guitare, au piano… Le documentaire de Rex Orange County, Funny How Things Go From One Thing To Another, retrace la première partie de la tournée de l’album Pony du britannique de 22 ans. En 4 ans, son style rock indé jazzy l’a emmené de 200 spectateurs à 1200 au New York Radio City Hall, où il a joué deux nuits d’affilée. Il y donne en spectacle son style décomplexé, à la fois dans ses compositions, et dans la reprise de l’iconique New York State of Mind  de Billy Joel. Une excellente raison de réécouter ses premiers albums et singles (Loving is Easy par n’en citer qu’un seul)
Mes préférées : 10/10, New York State Of Mind, Best Friend

Mentions honorables :

  • Ma grande découverte de l’année, Fils Cara du label microqlima, et son très bon album Fictions, sorti en décembre 2020. Pas sûr que je l’écoute vraiment avec ma maman, en revanche.

  • La star de la variété actuelle avec son grand frère FINNEAS, j’ai nommé Billie Eilish, qui n’a pas sorti d’album en 2020. Je vous recommande néanmoins chaudement son single No time to die, arrangé par l’illustre Hans Zimmer et qui fera office de bande originale pour le prochain James Bond, qui sortira courant avril 2021.

Références discographiques pour 2020

  • Ben Mazué, La princesse et le dictateur – Live à L’Olympia, Sony Music Entertainment
  • Ben Mazué, Paradis, Sony Music Entertainment
  • Parcels, Live Vol.1, Kitsuné sous license à Because Music
  • Gaël Faye, Lundi Méchant, Allpoints
  • Emma Péters, Emma Peters, Pas de label, distribué par Tunecore
  • Melody Gardot, Sunset in the blue, Decca
  • Rex Orange County, Live at Radio City Music Hall, sous license exclusive à Sony Music Entertainment
  • Fils Cara, Fictions, Microqlima
  • Billie Eilish, No time to die, Darkroom/Interscope

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