Culture

Trois géants de la trompette pour aimer le jazz (V) : Miles Davis, Chet Baker et Wynton Marsalis

Auteur : Ezéchiel Le Guay
Article publié le 21 juillet 2020

Son registre aigu, son timbre brillant et son volume sonore ont fait de la trompette à l’origine instrument de fanfare, la pièce maitresse de l’orchestre néo-orléanais. Les premiers maîtres – de King Oliver (1885-1938) à Louis Amstrong (1901-1971), de Bix Beiderbecke (1903-1931) à Bunny Berigan (1908-1942) – ont multiplié les recherches harmoniques dans lesquels s’inscrivent Miles Davis (1926-1991), Chet Baker (1929-1988) et Wynton Marsalis (1961).

Miles Davis Quintet, It Never Entered My Mind

En 1956, Miles Davis (1926-1991) doit honorer son contrat avec le label Prestige en enregistrant 4 albums. En seulement deux sessions d’enregistrement, les 26 morceaux sont dans la boîte sans qu’il n’y ait jamais besoin de seconde prise. L’obsession de Miles Davis était en effet la spontanéité musicale. Il voulait donner que les enregistrements en studio s’apparentent le plus possible à des lives. Dès lors qu’un morceau est trop connu et trop répété, il tend à se figer, à faire resurgir les mêmes phrases dans l’improvisation. Il perd son naturel ; il y a moins d’imprévu dans l’improvisation.

Dès les premières notes de cette ballade, une atmosphère tamisée, douce et apaisante s’installe. Après l’introduction au piano, Miles arrive. Sans forcer, il pose le thème avec délicatesse. Très peu de notes sont jouées, il va à l’essentiel. « Cela demande beaucoup de courage de jouer une ballade. C’est très facile de se cacher derrière un grand nombre de notes jouées rapidement. La plupart des hommes ont peur d’être vulnérables » affirme le guitariste Carlos Santana à propos de ce morceau. Le résultat est magique.

Chet Baker, Enrico Pieranunzi, My Funny Valentine

Pendant au moins trente ans de sa vie, Chet Baker (1929-1988) a eu des problèmes de drogues. À de nombreuses reprises, ce trompettiste et chanteur incroyable a dû interrompre ses tournées parce que la justice le poursuivait pour usage de stupéfiants. Il a même passé plusieurs mois de sa vie en prison dont seize en Italie. Un soir, en 1966, après un concert, des dealers l’attendent pour lui régler son compte. Ils lui fracturent la mâchoire et lui cassent des dents. Silence pendant trois ans. Il doit entièrement réapprendre à jouer de son instrument. Ce n’est qu’en 1973 qu’il amorce son lent retour vers la scène. Il multiplie les rencontres et enregistre en 1980 un album avec Enrico Pieranunzi et reprend le standard qu’il avait déjà enregistré en 1956….

My Funny Valentine est un classique crée en 1937 par Richard Rodgers and Lorenz Hart pour la comédie musicale “Babes in Arms”, un monument populaire visité et revisité par Baker lui-même. Plus de 600 artistes, dont Miles Davis, Bill Evans, Frank Sinatra et Ella Fitzgerald, l’ont aussi interprété.
Que dire après ? Comment insuffler une touche de nouveauté et de fraîcheur à un morceau trop plein d’interprétations ? Que ce soit au chant ou à la trompette, il joue en effleurant les notes. Aucune virtuosité de son côté, pas de phrases spectaculaires, simplement de la fragilité et de la sincérité. Il choisit pour l’accompagner le toucher léger et les phrases liées du pianiste Pieranunzi.

Wynton Marsalis, The Midnight Blues

Wynton Marsalis né en 1961 est probablement le trompettiste de jazz le plus célèbre de sa génération. En 1997, il était le premier jazzman à recevoir le prix Pulitzer de la musique. Au fil des années, il a développé sa technique et son savoir dans deux registres à la fois très différents et très complémentaires : le jazz et le classique. En classique, il s’est attaqué à Mozart, Haydn ou encore Purcell. En jazz, il a enregistré un grand nombre de standards. Cela lui a permis de se forger une solide connaissance harmonique. Grace à cela, il a composé de la musique de chambre, de la musique symphonique ou encore de la musique pour orchestre de jazz. Wynton Marsalis est directeur général et artistique du Jazz at Lincoln Center de New York et se produit régulièrement avec le Jazz at Lincoln Center Orchestra (JLCO). Il est aussi le parrain du festival Jazz in Marciac depuis 1991.
Voici une ballade, Ballad of the Sad Young Men, standard de Gil Evans qu’il interprète à sa manière. Il surplombe avec beauté l’orchestre qui l’accompagne. C’est magnifique.

Références discographiques

  • Workin’ de Miles Davis Quintet (1960)
  • Chet Baker Meets Enrico Pieranunzi (1980)
  • The Midnight Blues de Wynton Marsalis (1998)

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