En Macédoine, sur les traces de l’Armée d’Orient

De 1915 à 1918 l’Armée française d’Orient combattit en Macédoine. Visiter les sites des principales batailles est l’occasion de découvrir ce petit pays des Balkans aux charmes méconnus.

En Macédoine, sur les traces de l’Armée d’Orient

Le centre ville de Bitola. Phot © Thierry Joly

Faire du tourisme de mémoire tout en visitant la Macédoine. L’idée peut paraître saugrenue à beaucoup car même en cette année de célébration du centenaire de la fin de la Grande Guerre, la campagne de l’Armée d’Orient dans les Balkans est peu évoquée. Pourtant 300 000 soldats français originaires de métropole et des colonies y participèrent et près de 70 000 y ont perdu la vie.
Or, la Macédoine fut leur principal théâtre d’opération. Ils combattirent notamment pendant des mois autour de Bitola, la seconde ville du pays, alors également connue sous le nom de Monastir que lui donnèrent les Ottomans maîtres des lieux du XVe siècle à 1912.
Aidés par des troupes serbes et russes, l’armée française l’arracha aux forces bulgares et allemandes en novembre 1916 mais les Alliés n’allèrent guère plus loin. Solidement retranché sur les hauteurs entourant la ville et notamment sur les flancs du massif de la Baba et du mont Pelister, l’ennemi bloqua les unités françaises dans la plaine avoisinante jusqu’en septembre 1918.

En Macédoine, sur les traces de l’Armée d’Orient

Le Cimetière militaire français de Bitola. Photo © Thierry Joly

Cimetière militaire français

Pendant près de deux ans, à l’instar des Poilus restés dans l’Hexagone, le contingent de l’Armée d’Orient connut l’enfer des tranchées, les bombardements quotidiens, les attaques au gaz, les offensives et contre-offensives aussi sanglantes qu’inutiles. Mais ils durent en outre composer avec des hivers glaciaux, des étés torrides, le typhus, la dysenterie, le paludisme et l’absence de permission en raison de l’éloignement.
Dans la plaine, rien ne rappelle ces combats et ces souffrances hormis un cimetière militaire français érigé en périphérie de Bitola en 1923 auquel vient d’être ajouté un petit musée-mémorial. Y reposent plus de 13 000 soldats dont environ 7 000 non identifiés qui sont rassemblés dans un ossuaire. Parmi eux figurent de nombreux coloniaux comme le révèle la lecture des noms inscrits sur les plaques tricolores apposées sur les croix.

Ville martyr

Désormais un parc national renommé pour ses majestueux pins Molika endémiques des Balkans, le Mont Pelister est un paradis pour les randonneurs et une oasis de fraîcheur en été quand la plaine étouffe de chaleur. Au fil des sentiers qui le quadrillent se découvrent rivières sauvages, lacs et aussi, ici et là, des vestiges de tranchées. Et, si vous êtes chanceux, peut-être y croiserez vous un lynx ou un ours. Du haut de ses 2 601 m, le panorama est somptueux avec à ses pieds Bitola que les Bulgares bombardèrent quotidiennement ou presque pendant tout le temps que le front resta figé à ses portes causant la mort de milliers de civils et la destruction de quartiers entiers. Hormis l’ancien bazar ainsi qu’une poignée d’édifices religieux et de vieilles demeures, pas grand chose ne subsiste donc de la splendeur qui était la sienne à l’époque ottomane quand elle était surnommée la ville des consuls en raison de la présence de treize représentations diplomatiques étrangères.

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Le Théatre antique d’Heralea Lyncestis. Photo © Thierry Joly

Ruines antiques

Parmi les bâtiments ayant survécu, figure aussi l’ancienne école militaire, transformée en musée où une section est dédiée au père de la Turquie moderne, Kemal Ataturk car, surprise, c’est là qu’il fit une partie de son instruction.

En Macédoine, sur les traces de l’Armée d’Orient

Heralea Lyncestis : Mosaïque chrétienne de la basilique. Photo © Thierry Joly

Pour trouver trace plus explicite de la riche histoire de Bitola, il faut remonter plus loin dans le temps et aller dans ses faubourgs pour voir les ruines de l’antique Heraclea Lyncestis, fondée par Philippe de Macédoine. Y sont notamment encore visibles un théâtre et surtout une basilique dont le sol est orné de superbes mosaïques chrétiennes aux motifs animaliers et végétaux.
Le 15 septembre 1918, avec l’aide des Serbes, l’Armée d’Orient enfonça enfin les lignes bulgares et allemandes. Remontant vers le Nord, elle atteignit en quelques jours Prilep, paisible ville provinciale renommée pour sa production de tabac dont les feuilles sèchent au bord des rues en été.

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Ancienne mosquée en centre ville à Prilep. Photo © Thierry Joly

Haut lieu historique

Si son centre historique conserve un indéniable cachet ottoman et permet de s’immerger dans la vie macédonienne, le plus intéressant est le quartier excentré de Varos. Riche en églises et monastères orthodoxes vieux de plusieurs siècles, il est dominé par les Tours de Marko, ruines d’un château fort érigé au sommet d’un chaos rocheux.

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Une ruelle dans la ville de Krusevo. Photo © Thierry Joly

De là, un détour s’impose par Krusevo, pittoresque bourgade de 6 000 habitants libérée dans la foulée. Nichée à 1 350 m d’altitude, bâtie à flanc de montagne, elle est à voir pour son charme, ses pittoresques rues pentues, ses maisons traditionnelles et son intérêt historique. Elle fut en effet en août 1903 le siège de la première insurrection de taille contre l’occupant Turc avec l’instauration d’une République écrasée dans le sang au bout de six jours. Un événement que commémore un vaste musée – mémorial à l’architecture futuriste érigé à l’époque communiste.

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Skopje : le Musée archéologique. Photo © Thierry Joly

Cap sur Skopje

Poursuivant leur folle avancée, les forces françaises parvinrent à Skopje, alors appelée Usküb, le 29 septembre à l’issue d’un raid de 70 km qui est considéré comme la dernière charge de cavalerie de l’armée française. Une action menée par une brigade de chasseurs d’Afrique commandé par le général Jouinot-Gambetta. Les hommes tombés lors de cette ultime offensive qui entraina la capitulation de la Bulgarie reposent dans le cimetière militaire français de la capitale macédonienne, là encore créé en 1923. Regroupant 960 tombes et près de 3 000 soldats inconnus inhumés dans deux ossuaires, il compte lui aussi un petit musée donnant quelques informations sur les batailles.
Toute proche, la vieille ville est à voir absolument. S’étendant en contrebas d’une puissante forteresse dont les origines remontent à l’Antiquité, elle constitue le plus vaste quartier ottoman encore visible dans les Balkans.

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Le Quartier ottoman de Skopje. Photo © Thierry Joly

Quartier Ottoman

Ruelles et placettes bordées d’échoppes en tous genres, d’anciens caravansérails ainsi que de vénérables mosquées et d’églises orthodoxes de toute beauté ramènent le visiteur dans les siècles passés et on ne se lasse pas d’y déambuler. Contraste saisissant, juste à côté, ponts surchargés de statues et grandioses bâtiments blancs de style néoclassiques se succèdent le long de la rivière Vardar. Une réalisation récente et controversée du Pouvoir pour affirmer l’identité nationale après l’indépendance. Ici et là s’élèvent aussi un arc de triomphe et d’immenses statues de Philippe de Macédoine, mais chut, pour ne pas froisser le voisin Grec on les désigne désormais du nom de Guerrier Antique. Si notre voyage s’arrête ici, l’Armée d’Orient, elle, fut envoyée en Roumanie ainsi qu’au sud de la Russie pour combattre les Bolchéviques et ses soldats ne furent démobilisés qu’en mars 2019.

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Le Pont de l’Art et le bâtiment de la police financière de Skopje. Photo © Thierry Joly

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