Culture

Hommage à Tom Verlaine, guitar antihero, leader de Television

Auteur : Calisto Dobson
Article publié le 1er février 2023

[And so rock ?] Après le décès de David Crosby (1941-2023), figure éminente du folk rock des années 60 et 70, la disparition à 73 ans de Tom Verlaine (1949-2023), guitar antihero, leader du groupe mythique Television, fondé avec Richard Hell creuse un peu plus la tombe d’époques révolues et de révolutions musicales – notamment avec Marquée Moon, signée en 1977 – appelées à faire partie de l’Histoire du rock. Calisto Dobson réfute l’étiquette punk trop facilement collée au musicien poète.

Guitariste phare de la scène musicale new yorkaise de la 2e moitié des années 70

Tom Verlaine, guitar hero, plus marqué par The Velvet et le jazz que le punk Photo DR

Tom Verlaine de son état civil Thomas Miller, vient de mourir à l’âge de 73 ans. Né dans le New Jersey, l’admirateur de poésie française fût un des acteurs phares  de la scène musicale new yorkaise de la deuxième moitié des années 70. Auteur compositeur interprète, il est d’abord guitariste. Son patronyme de Verlaine est choisi en référence au poète français, ce qui en disait long sur les intentions du bonhomme.

Avec son ami d’enfance, puis frère ennemi Richard Meyers, rebaptisé Richard Hell, ils hanteront la scène mythique du CBGB. Club aujourd’hui disparu qui fit résonner tout ce que New-York compta de groupes de rock en devenir. Ensemble ils s’acoquineront pour fonder Neon Boys, puis Television. Dès la fin de 1975, Tom Verlaine participe à l’enregistrement du coup de semonce Horses, premier album incandescent de Patti Smith.

Après une mésentente, Hell partira de son côté créer un autre groupe The Voidoids qui marquera son temps avec Blank Generation, un album considéré comme une pierre angulaire du punk américain. Malcolm Mclaren le manager des Sex Pistols avouera d’ailleurs qu’il a copié le style vestimentaire de Richard Hell en lui empruntant entre autres, l’usage détourné des fameuses épingles à nourrice.

Plus Pierrot lunaire que rebelle décoiffé va transcender ses influences.

En 1977 le premier album de Television, Marquee Moon entre dans l’histoire. Ce disque va immédiatement graver d’une empreinte indélébile cette époque charnière de la geste rock’n’roll.

Un entrelacement de guitares serpentantes qui honore l’héritage de John Coltrane entouré d’une rythmique au carré scellera la renommée de ce premier disque.
Œuvre vénérée dès sa sortie, Marquee Moon est classé parmi les meilleurs premiers albums de tous les temps.

Estampillé punk sur un malentendu

Ce Marquis de la Lune est tout sauf punk. Il n’a rien de foutraque, ni de rebelle. Nous avons là un concentré d’une poésie urbaine auréolée d’un symbolisme romantique, autant influencé par le Velvet Underground que le jazz. Les textes frôlent le surréalisme tandis que le son au cordeau trace dans l’espace des stries de luminosité incandescente.

La recherche d’une nouvelle voie semble plutôt être la véritable vocation de ce disque aussi hypnotisant que le monolithe de 2001. Tout est parfait de quintessence sur cet album, des titres des morceaux jusqu’à la pochette et la parfaite photographie intérieure sur laquelle pose le groupe en répétition. Les deux guitaristes assis face à face entourés de leur section rythmique.

À eux quatre, Tom Verlaine et Richard Lloyd les duettistes virevoltants, Fred Smith, à la basse méticuleuse et Billy Ficca batteur sobre et précis, armés de leur seul instrument  symbolisent l’essentiel et l’universel d’un groupe de rock.

Après un chef-d’œuvre pareil, comment survivre artistiquement ?

La suite sera moins éloquente et néanmoins honorable. Un deuxième disque de Television (Adventure), plus tard et c’est la séparation du groupe.

Tom Verlaine s’engage alors sur la voie d’une carrière dite solo, qui le verra produire des disques plus que recommandables.

Pour ma part je suis attaché à son album instrumental sorti en 1992 Warm And Cool.

À la même période, Television se reformera pour un troisième album éponyme qui sans atteindre le niveau de grâce et d’élégance de Marquee Moon reste d’une grande honnêteté artistique.

La parenthèse Jeff Buckley

Ce qui l’emmènera jusqu’à produire le deuxième album d’un fervent admirateur de Marquee Moon, l’étoile filante Jeff Buckley (Sketches for my sweetheart the drunk). Las le travail déplaira sombrement au jeune prodige qui programmera un réenregistrement avant de se noyer dans les eaux boueuses du Mississippi.

Dans l’ombre, Tom Verlaine, ce guitar antihero pour citer un journaliste du journal The Guardian, a continué d’œuvrer sans se fourvoyer, il nous laisse ses éclats vocaux  couronnés  de parties miroitantes de guitares  kaléidoscopiques. Ces 8 titres de Marquee Moon brossés à l’os réclamant à chaque écoute leur quota d’éblouissement face à leur lyrisme fiévreux.

#Calisto Dobson

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