Ici s’élevait Karakorum, la ville mythique mongole

Ephémère et légendaire capitale des grands khans mongols, Karakorum a disparu sous la steppe sans presque laisser de traces. Près de ses rares vestiges s’élève l’un des monastères bouddhistes les plus anciens et les plus vénérés de Mongolie.

Ici s’élevait Karakorum, la ville mythique mongole

La tortue de pierre, vigile du site ancestrale © Thierry Joly

Une massive statue de tortue en granit entourée d’étals de vendeurs de souvenirs. Telle est souvent l’unique vision que les visiteurs emportent aujourd’hui de Karakorum. Bien peu pour une ville au nom mythique auréolé d’un parfum d’aventure, de mystère et d’exotisme qui depuis des siècles a fait rêver historiens, grands voyageurs et érudits. Et que dire des fantasmes qu’elle suscitait au Moyen-Age, occupant alors dans l’imaginaire occidental une place à la mesure de la crainte qu’inspiraient les redoutés envahisseurs Mongols qu’on ne pouvait penser avoir une capitale autre que vaste, imposante et remplie de richesse.
D’autant que les témoignages de première main étaient rares, seulement une poignée d’Européens ayant pu y accéder et en revenir. Moine franciscain flamand, envoyé de Saint Louis, Guillaume de Rubrouck fut l’un deux.

Ici s’élevait Karakorum, la ville mythique mongole

La muraille d’Erdene Zuu © Thierry Joly

Arbre d’argent

Il séjourna cinq mois dans la ville, en 1254, et la décrivit « Entourée d’un mur de terre percé de quatre portes où vivent en bonne entente des hommes de tous les territoires conquis qui peuvent y pratiquer leur religion dans douze temples bouddhistes et taoïstes, deux mosquées et une église nestorienne ». Quant au palais des khans, selon ses dires haut de deux étages et recouvert d’un toit à la chinoise de tuiles vernies vertes et rouges, il recelait une salle de réception de 64 colonnes. Mais ce qui impressionnait le plus les hôtes du khan était une fontaine en argent figurant un arbre enlacé de serpents d’où jaillissaient simultanément quatre boissons différentes : du lait de jument fermenté, du vin, de l’alcool de riz et de l’hydromel. Une oeuvre attribuée à Guillaume Boucher, un sculpteur et joaillier parisien capturé par les Mongols. La ville n’était toutefois pas immense « pas plus grande que la ville de Saint-Denis », selon Guillaume de Rubrouck. Un témoignage confirmé par les archéologues qui estiment que sa population avoisinait les 10 000 habitants au plus.

Cinq siècles d’oubli

La ville était peuplée en majorité de marchands arabes et d’artisans chinois car à l’exception des plus hauts dignitaires, qui résidaient au Palais, les Mongols préféraient vivre alentours dans leurs yourtes. Contribuant à l’aura de mystère qui l’entoura, rarement capitale aura eu une vie aussi éphémère. Voulue par Gengis Khan qui en choisit l’emplacement en 1220, près de l’Okhon, la plus longue rivière du pays, Karakorum ne fut édifiée qu’en 1235 par son fils Ogodei. Son déclin commença dès 1264 lorsque Kubilai Khan, ayant conquis la Chine, transféra la capitale de l’empire à Pékin.
Largement abandonnée dès 1267, Karakorum végéta ensuite avant de connaître un bref renouveau en 1368 à l’époque du fils du dernier empereur mongol de Chine. Celui-ci y revint et la reconstruisit en partie. Pas pour longtemps car en 1388 les troupes chinoises des Ming s’en emparèrent et la détruisirent, mettant définitivement fin à son existence, et il fallut attendre 1880 pour qu’un explorateur russe retrouve son emplacement.

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Erdene Zuu reste l’un des monastères bouddhistes les plus anciens et les plus vénérés de Mongolie. Erdene Zuu Photo © Thierry Joly

Un musée pour tout savoir

Des traces de la grandeur de cette cité il reste notamment des quatre statues de tortues, jadis postées à ses entrées pour la protéger des inondations et lui garantir une vie éternelle. Ces animaux étant pour les Mongols des créatures divines symbolisant longévité, solidarité, indépendance et esprit de l’eau. Alors pourquoi y aller direz-vous ?.. Pour le cadre austère et sauvage, à l’image de la Mongolie, et pour les collines d’un vert émeraude qui l’entoure. Pour l’émotion de découvrir un lieu mythique qui fut l’un des plus grands carrefours de civilisations de l’histoire et pour les collections d’un très intéressant musée retraçant son histoire et celle de la région, période pré-mongole inclue. Enfin, le monastère Erdene Zuu, qui s’élève au portes de ville, justifie à lui seul les 360 km à parcourir depuis Oulan-Bator. Fondé en 1586, c’est un des monastères bouddhistes les plus anciens et les plus vénérés de Mongolie. Erdene Zuu a été construit sur ordre du prince mongol Abtai Khan qui avait rencontré le 3e Dalai Lama et institua le lamaïsme tibétain comme religion d’état de la Mongolie.

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Le site d’Erdene Zuu retrouve son vaste plan d’antan. Photo © Thierry Joly

Des vestiges de Karakorum naquit Erdene Zuu

Un des lieux les plus saints du pays, Erdene Zuu se développa rapidement et contribua à l’effacement de Karakorum de la surface de la steppe en cannibalisant pierres et briques de ses ruines pour sa propre construction. Au début du XXe siècle, un millier de moines s’affairaient dans une centaine de temples et d’édifices religieux cachés derrière son enceinte ponctuée de quatre portes fortifiées et de 108 stupas, nombre sacré dans le bouddhisme. Cependant, lui aussi a failli tomber dans les oubliettes de l’histoire, victime de la « croisade » des communistes contre la religion à la fin des années 30. Erdene Zuu ne dut sa survie qu’au fait d’être transformé en musée.
La majorité de ses édifices furent néanmoins détruits. Ceux qui restent aujourd’hui semblent perdus au milieu du vaste quadrilatère herbeux de 400 m de côté délimité par ses murs. Parmi eux figurent les trois temples les plus anciens, de style chinois, transformés en musée, ainsi qu’un temple dit du Dalai Lama, datant de 1675. Des monuments remarquables tant par leur architecture que par les trésors qu’ils renferment.

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Un autre temple du site Erdene Zuu. Photo © Thierry Joly

Le retour des moines

Les musée renferme des fresques murales, des peintures sur soie, des objets finement travaillés, des statuettes et des statues pour certaines attribuées à Zanabazar, une des grandes figures historiques du pays. Sculpteur, peintre et architecte, parfois surnommé le Michel Ange mongol, il fut également reconnu Bouddha vivant et proclamé Javzandamba Khutagt, chef religieux du bouddhisme tibétain en Mongolie. Il vécut un temps dans le monastère, tenant audience dans une gigantesque yourte de 45 mètres de diamètre et 15 mètres de hauteur dont l’emplacement au sol est encore visible.
La vaste cour est également jalonnée de quelques stèles, tombes et stupas. Le plus grand (haut de 10 mètres), appelé Golden Stupa, fut édifié en 1799 en l’honneur du quatrième Javzandamba Khutagt.

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© Thierry Joly

Erdene Zuu n’est plus figé dans le passé

Le monastère a repris vie avec le retour dans ses murs d’une trentaine de moines qui officient dans un temple de style tibétain, le Lavrin Sum. Prendre le temps de les voir psalmodier à l’infini les textes sacrés dans l’air chargé d’encens ou, coiffés d’un bonnet jaune, souffler dans des conques pour annoncer les cérémonies ramène aux temps anciens du bouddhisme tout comme l’afflux des fidèles apportant offrandes, sollicitant conseils ou défilant devant les moulins à prière pour les faire tourner.

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Moines bouddhistes du monastère d’Erdene Zuu. Photo © Thierry Joly