Junsu Kim, magicien du cuir dans l’art de table

Entre les mains de l’artisan coréen Junsu Kim, le cuir se transforme en bols, coupes et plateaux aux formes élégantes. Une vaisselle chic hors norme à découvrir au Salon Maison & Objet du 7 au 11 septembre.

Junsu Kim, magicien du cuir dans l’art de table

Quand le cuir se fait bois. Plat en cours de création. Atelier Junsu Kim. Photo © Thierry Joly

Qui découvre le travail de Junsu Kim pour la première fois a généralement l’impression de se retrouver devant des œuvres en bois ou en céramique. Cependant, il n’en est rien. Ses bols, coupes et plateaux aux formes élégantes sont faits de cuir ensuite laqué. « Étonner le public n’était à l’origine pas mon intention mais cela me ravit car j’y vois une reconnaissance de mes créations et de leur originalité », déclare ce jeune artisan de 31 ans installé en banlieue de Séoul qui est venu au cuir après avoir étudié l’artisanat du métal et réalisé des pièces associant les deux matériaux. « J’apprécie le touché plus chaud, plus doux du cuir ainsi que sa malléabilité, sa texture et son odeur », explique-t-il.

Junsu Kim, magicien du cuir dans l’art de table

Des lamelles de cuir superposées constituent la matière des objets créés par Junsu Kim. Photo © Thierry Joly

Cuir italien et français

Un engouement pour cette matière qui s’est encore accru après qu’il soit allé participer à des ateliers chez des artisans de San Miniato, grand centre du cuir de Toscane.

Puisant son inspiration dans la nature, dans les principes qui la régissent, ses éléments et plus particulièrement dans les végétaux, il n’a recours à aucun moule pour composer ses œuvres. Il superpose simplement par collage de minces lanières de cuir de teintes diverses. « Pour cette raison j’ai besoin d’un cuir ayant un minimum de rigidité. Je n’emploie donc pas de cuir de mouton, mais de bœuf ou de veau provenant du monde entier avec une préférence pour ceux d’Italie et de France à mes yeux de meilleures qualités », explique-t-il, utilisant pour réaliser cet ouvrage qui lui prend généralement une journée des outils qu’il a lui-même façonnés car il n’en existait aucun lui convenant parfaitement sur le marché.

Junsu Kim, magicien du cuir dans l’art de table

Junsu Kim dans son atelier, posant les lanières de cuir. Photo © Thierry Joly

Des objets ‘vivants’

Durant cette phase, sa créativité et son sens artistique ne s’expriment pas uniquement dans la forme qu’il donne à l’objet. La manière dont il alterne les lanières de différentes teintes, de diverses longueurs et leur position, à plat ou sur la tranche, sont essentielles pour exposer la texture du cuir. Un minutieux assemblage qui, au final, donne des œuvres dont la surface est parcourue de lignes plus ou moins sombres rappelant les cernes de croissance des arbres qui varient en fonction des variations climatiques. Un effet voulu par l’artiste. « Je travaille une matière provenant d’animaux et je souhaite transmettre les sensations de vie et de croissance à travers mes créations », explique Junsu Kim qui procède ensuite à l’application de plusieurs couches de laque, leur nombre et la couleur choisie définissant l’aspect final de l’objet.

Junsu Kim, magicien du cuir dans l’art de table

Créations de Junsu Kim. Photo © Thierry Joly

Montrer la véritable nature du cuir

« La laque imperméabilise le cuir, le solidifie et le rend plus résistant, lui conférant ainsi une fonction pratique. Par contre elle masque la diversité du cuir qu’elle uniformise », souligne Junsu Kim qui s’oriente désormais vers une réduction, voire un abandon de son emploi. « Car je souhaite mettre en exergue la véritable nature du cuir, ne pas me limiter à dévoiler son apparence. Par ailleurs, je pense de moins en moins au côté usuel et à la forme de mes créations. Je laisse aller mon imagination », explique-t-il.
Une orientation qui pourrait l’amener à se lancer dans des créations plus artistiques, plus ornementales ou à explorer de nouveaux domaines comme la réalisation de sacs, ce à quoi il s’est déjà essayé par le passé.

Junsu Kim, magicien du cuir dans l’art de table

Bol, création Kunsu Kim. Photo © Kwangchoon Park (KC Studio)