La Mayenne si discrète si secrète, voyage dans une France rêvée

La Mayenne si discrète, si secrète ! Et pourtant, elle cache tant de trésors insoupçonnés à découvrir ! L’art de Robert Tatin dans son étrange musée à Cossé-le-Vivien ou encore ses châteaux qui occupent ces terres vouées à l’élevage et à la forêt, comme celui de Bourgon à Montourtier. Enfin, la Basilique d’Evron, cadre intemporel du festival Arts Sacrés en juillet. Autant de surprises !

La Mayenne si loin, si proche !

Qui pourrait dire exactement où se situe la Mayenne ? D’ailleurs, est-ce une région, un département ? Ferait-elle partie (avec la Sarthe) de cette ancienne province du Maine qui aurait donné son nom à l’Etat du Maine à l’extrême nord-est des Etats-Unis ? Alors, ces quelques arpents de terre (5200 km2) nichés si discrètement entre Loire, Bretagne et Normandie, à quoi ressemblent-t-ils ? La Mayenne si loin, si proche mais dans un autre monde ! On est à 1h10 par TGV de Paris (gare Montparnasse). Descendre à Laval, surnommée la ville à la campagne, chef-lieu du département. Rendez-vous donc dans cette France rêvée où coule le lait (Lactalis son géant mondial a son siège social à Laval) et le cidre.
Des paysages infiniment doux, des forêts profondes, des pâturages à perte de vue, des villages de cartes postales où pointent de solides églises faites de granit, de schiste, de grès ou de calcaire.

La Mayenne si discrète si secrète, voyage dans une France rêvée

Le château du Rocher à Mézangers, construit au XIIIe siècle, est sans doute l’un des plus beaux de Mayenne. Il tire son nom du Massif granitique armoricain. Ses propriétaires successifs ont modifié cette ancienne forteresse médiévale en bâtissant au XVIe siècle, une chapelle et une galerie de style Renaissance. Photo © François Collombet

Le pays aux mille châteaux

Et puis la Mayenne, c’est le pays aux mille châteaux. Les uns ont l’âme hospitalière, d’autres se hérissent en défense, d’autres encore s’offrent un petit air de Versailles ou bien au bord de l’eau, ces châteaux industrieux qui depuis des siècles font tourner leur moulin. Et Dieu dans tout cela ! Il règne ici comme sur une grande paroisse avec d’innombrables abbayes (bénédictine, cistercienne), basiliques, séminaires, ermitages, calvaires, pèlerinages… la Vendée est si proche !
Mais essayons d’oublier les incontournables : Sainte-Suzanne, la vallée des grottes de Saulges, la richesse incomparable de Laval et son château. A ses pieds, la Mayenne qui du nord au sud, coupe le département en deux. En voici de bonnes idées : découvrir les spectaculaires écluses * et autres microcentrales hydroélectriques qui jalonnent son cours ; s’engager à pied ou à vélo sur les chemins de halage (autrefois les embarcations étaient tirées par des chevaux ou des hommes, ils remontaient le cours d’eau à la halée). C’est aujourd’hui un chemin de 80 km, l’une des voies vertes réputées parmi les plus belles de France. Mais c’est autre voyage.

La Mayenne si discrète si secrète, voyage dans une France rêvée

L’Allée des Géants réalisée de 1967 à 1981 par Robert Tatin est composé de 19 sculptures en ciment peint représentant les personnages qui ont marqué sa vie. Ce ‘chemin de vie’ se déroule de la Porte des Géants avec les cinq piliers de l’histoire de l’art selon Robert Tatin : Rembrandt, Van Gogh, De Vinci, Goya et Delacroix … au Jardin des méditations, univers en réduction où le végétal, l’animal, le minéral et l’humain trouvent leur place. Photo © François Collombet

Robert Tatin, « l’archisculpteur » des géants

D’abord, c’est un personnage hors du commun qui sut de toute sa force, de tout son talent faire exploser le cadre de son art. Il est assurément dans le panthéon mayennais aux côtés d’Ambroise Paré, Alain Gerbault, Henri Rousseau le Douanier, Alfred Jarry, le père d’Ubu, tous comme lui nés à Laval. Robert Tatin nous laisse son musée et sa maison à Cossé-le-Vivien.

C’est un contemporain (mort en 1983). Il nous lègue une œuvre monumentale, un musée extraordinaire où tout paraît gigantesque, à l’image de cet homme qui côtoya Giacometti, Dubuffet, Caillaud, Prévert, Breton. Il fut peintre décorateur en bâtiment, charpentier, entrepreneur mais aussi céramiste, sculpteur, peintre reconnu et récompensé. Il séjourna à New-York, en Amérique du Sud, au Brésil, où il acquiert une renommée internationale. Puis, comme Ulysse, il revient chez lui en Mayenne, à Cossé-le-Vivien (à 17 km de Laval, si vous venez à vélo en empruntant l’ancienne voie de chemin de fer). C’est là qu’il va construire sa Maison des champs, financée par la vente de ses toiles.

Malraux accorde à cet incroyable ensemble, le titre de musée à « l’archisculpture ». Il est enterré chez lui, devant sa maison. Sur sa tombe est gravé sur fond noir : Etrange Musée Robert Tatin 1902-1983 Suivi du prénom de sa dernière femme : Liseron 1939 …

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La tombe de Robert Tatin achevée en 1962, aujourd’hui entièrement restaurée, cristallise l’art de cet « archisculptureur ». Photo © François Collombet

Le château de Bourgon-Montourtier, quand le rêve se rencontre à l’orée d’un bois

Le château de Bourgon dans une nature préservée a été bâti sur une dalle de granit (donc pas la moindre humidité à craindre). C’est au XVIe siècle que Louis de Monteclerc lui confère son aspect Renaissance. On accède au château de Bourgon par un impressionnant pont à trois arches qui enjambe les douves aujourd’hui asséchées. C’est tout ce qui reste du château fortifié du XIIIe siècle. Des 2 tours jumelles qui encadraient ce pont, une seule subsiste avec son toit en campanile. La chapelle du château a d’ailleurs été construite en 1525 par Montecler sur les bases de cette tour médiévale disparue.

La Mayenne si discrète si secrète, voyage dans une France rêvée

Isabelle et Alain Ducatillon ont redonné vie à ce beau château endormi. Bourgon appartenait en effet aux Montmorency au XVIIe siècle. La marquise était l’épouse d’Urbain de Montmorency-Laval. Photo © François Collombet

Alors cette vie de château ?

Isabelle et Alain Ducatillon forment la sixième famille à habiter les lieux. En tout, 27 générations se sont succédé depuis la construction de Bourgon en 1218 par les familles de Laval et de Couesmes. Le bonheur oui mais écorné par une multitude de contraintes. Hobereaux, certainement pas, à la rigueur gentlemen farmers ! Et pourtant, Louis XIV (le portrait !) qui se tient en majesté dans le grand salon, face à son premier amour (Marie Mancini, nièce de Mazarin) semble les adouber sous le regard indifférent du chat de la maison. Louvois son ministre de la guerre est là, lui aussi mais en pièce rapportée (demandez à Isabelle). N’est-il pas chez lui ce marquis de Louvois qui fut propriétaire de Bourgon avant de le léguer à sa fille Marguerite et son gendre, le duc de Villeroy (fils du ministre et précepteur de Louis XV). Nos hôtes infiniment chaleureux et à l’âme hospitalière sont intarissables sur l’histoire de leur château et bien sûr, de ses fantômes. http://www.chateaudebourgon.com/histoire/
Ici à Bourgon, dans une nature protégée, l’ennui n’est pas de mise : l’exploitation forestière, le jardin potager, l’accueil des visiteurs, la cuisine souvent à 4 mains… Mais sans conteste, le point d’orgue est l’organisation des concerts de musique classique par de jeunes musiciens prodiges donnés dans la grande salle du château dans le rougeoiement des braises de l’immense cheminée de granit.

La Mayenne si discrète si secrète, voyage dans une France rêvée

Les portraits de Louis XIV et son premier amour Marie Mancini donnent un cachet inoubliable au grand salon du Château. Photo © François Collombet

Mozart résonne dans l’une des plus impressionnantes abbatiales bénédictines de France

L’abbatiale d’Evron (avec le titre de basilique) est unique. Elle présente à elle seule, un résumé architectural des époques romane, gothique et le classique. La légende de l’Epine fit grâce au pèlerinage, la richesse de cette abbaye qu’on appelait alors Notre-Dame-de-l’Epine (elle fut détruite lors des invasions bretonne et normande). Elle fut construite entre le XIIe et le XIVe siècle. La tour et la nef principale sont romanes tandis que le reste de l’édifice est gothique flamboyant (23,50 m de hauteur sous voûtes). Mais Evron pleure toujours sa grande flèche. Elle couronnait la croisée du transept s’élevant à 70 m. Elle était détruite en 1901 par sécurité car proche de la ruine. Un jour peut-être…
Le choeur gothique de la basilique d’Evron s’élevant à une hauteur sous voûtes de 23,50 m permet chaque année de faire sonner admirablement les concerts du Festival d’Arts Sacrés d’Evron (17 édition du 5 au 10 juillet) consacré aux NocturneS.

La Mayenne si discrète si secrète, voyage dans une France rêvée

La Basilique d’Evron offre un résumé architectural des époques romane, gothique et classique. Il est possible de voir les transformations subies au fil des siècles (les bâtiments abbatiaux dont le logis abbatial, aujourd’hui occupé par le séminaire Saint-Martin). Photo © François Collombet