Culture

Le carnet de lecture de Christophe Rousset, chef des Talens Lyriques

Auteur : Olivier Olgan
Article publié le 14 août 2020

Comme ses confrères, le covid fragilise une dynamique menée tambour battant à la tête de ses Talens Lyriques pour révéler les couleurs de la musique baroque en générale et française en particulier. Pour les 30 ans de l’ensemble, l’ambition reste intacte et sans concession aux modes. Auteur de biographies, gros lecteur, Christophe Rousset nous confie son carnet de lecture. Avant une reprise que Singulars lui souhaite festive !

20/21, une saison pour fêter 30 années de conquêtes musicales

Christophe Rousset dirige Tarare de Salieri à l’Opéra Royal du Château de Versailles, le 22/11/2018 @ DR

Depuis qu’il a créé l’ensemble Les Talens lyriques (sous-titre de l’opéra de Rameau, Les Fêtes d’Hébé) en 1991, le claveciniste et chef ne fait rien comme ses confrères. Depuis 30 ans, les complices arpente avec la même gourmandise le même terrain de jeu ; les XVII et XVIIIé siècle européen baroque et classique au sens propre et figuré, même s’il s’autorise quelques écarts avec Antonio Salieri (1750-1825) et une étonnante version historique du Faust de Gounod. Avec une discographie disponible de plus de 64 albums

Quand Christophe Rousset aime un compositeur, de Bach à Lully, il ne compte ni son énergie d’interprète pertinent et pénétrant pour l’enregistrer, voir sur ses talents d’écrivain subtil et de musicologue éclairé pour valoriser l’œuvre de compositeurs qu’il estime mal ou peu connu. Notamment François Couperin (1668-1733) qu’il considère être « le premier poète de la musique française », en parfaite affinité avec son sujet (après un Rameau passionnant).

A la baguette ou au stylo, Rousset n’ offre une vision pas seulement «de l’intérieur» de l’œuvre, mais aussi nourrie des liens parfois exigeants qu’elle tisse avec ses interprètes et les mélomanes. Bon anniversaire les Talens !

Carnet de lecture

Moi qui suis un infatigable lecteur je dois avouer que l’état d’hébétude et de sidération qu’a provoqué la crise sanitaire m’a d’abord peu incité à ouvrir un livre. Cette activité est liée pour moi aux voyages, à la solitude du musicien itinérant dans son train, son avion ou sa chambre d’hôtel : que faire en effet un jour de concert où on doit se concentrer sur l’objectif du jour qui n’adviendra qu’en soirée?
En restant chez moi le livre s’ouvrait en toute fin de journée au moment où les yeux se mettaient à papillonner, en route vers l’oubli (enfin!) d’un quotidien absurde et inédit.
Les affinités électives de Goethe étaient le parfait roman pour un endormissement garanti!

 

Depuis qu’on peut à nouveau sortir et voyager l’appétit du lecteur est revenu.

Des livres divertissants comme Les huit montagnes de Paolo Cognetti qui fait monter des montagnes des Alpes italiennes avec une « première personne » qui nous parle à voix basse, avec tendresse du rapport au père, à l’ami d’enfance, à la nature.

Un autre plus « baroque » Water music de Thomas C Boyle roman historique totalement picaresque passant de l’Angleterre compassée et corsetée du XVIIIe aux espaces vierges, violents et épicés de l’Afrique noire. C’est souvent loufoque.

Un livre bouleversant Une vie comme les autres de Hanya Yanagahira expérience de chemin de croix d’un être fragile et attachant aux prises avec une réalité gay cruelle et torturante. Toujours vraisemblable et humain ce livre semble un déchirement, un cri… qui résonne longtemps!

 

Et en ce moment pour un été où la lecture serait suivie et intense je me suis mis à Georges Simenon dont je n’avais lu que Les fiançailles de Monsieur Hire – incroyable livre sur le bouc émissaire- et j’ai pris pour voyager le deuxième volume de La Pléiade j’en suis déjà à la moitié et peut-être qu’il faudra se procurer le premier volume avant la fin de l’été.

Le style est pur, jamais poseur bien qu’incroyablement travaillé et incisif. Ce n’est sûrement pas un hasard que nombre de ses romans aient donné lieu à des adaptations cinématographiques. Simenon crée des ambiances souvent dérangeantes, il pénètre impitoyablement les consciences sans jamais juger les plus crapuleux, il décrit un univers banal et souvent trivial, raconte des histoires humaines peu reluisantes et pourtant ne tombe jamais dans le bête roman de mœurs, il élève ce monde sale au niveau d’éprouvettes où pataugent nos semblables, les met en résonance avec nous bien malgré nous et nous laisse avec un maximum de 150 pages par roman avec une matière à réflexion qui longtemps fait son chemin en nous, et de façon toute personnelle, sans jamais jouer la carte du roman à thèse.

Un grand monsieur qui méritait les honneurs de La Pléiade.

Aller plus loin avec Les Talens Lyriques

Le site des Talens lyriques 

Quelques suggestions de lectures et d’écoutes autour de François Couperin

  • Christophe Rousset, François Couperin, Jean-Philippe Rameau,  Actes Sud / Classica, 220 pp., 18 €.
  • Couperin au disque sous la direction de Christophe. Rousset
    • Ariane consolée par Bacchus (chanté par Stéphane Degout) / Apothéoses de Lully et de Corelli (cd Aparté Music),
    • Leçons de Ténèbres (chantées par Sandrine Piau et Véronique Gens) (cd Decca Universal)
    • Les goûts réunis (cd Decca Universal)

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