Le cigare, une question de temps

Pour les hédonistes, à la recherche d’un certain art de vivre, le « luxe » est synonyme d’artisanat. Il s’inscrit dans ‘les temps’, celui de la fabrication des produits faits à la main et celui du plaisir de leur jouissance. Le saviez vous ? l’élaboration d’un havane ou de l’un de ses homologues des terroirs voisins n’a toujours rien d’industriel. Tout est encore fait à la main, des plantations à la mise en boîte…

Le cigare, une question de temps

Un champ de tabac dans la province de Pinar del Rio, le grenier tabacole de Cuba. Photo © Jean-Pierre Saccani

Le cigare : du pur artisanat

Autant la cigarette est un produit industriel, autant le cigare reste du pur artisanat. Surtout lorsqu’ils bénéficient de l’appellation puro, synonyme des havanes entièrement faits main. Puro, kesaco ? Seules les vitoles* confectionnées avec des feuilles de tabac de la même origine peuvent bénéficier de ce label. A ce régime, Cuba reste roi. Logique, la culture du tabac destiné à la fabrication de cigares y remonte au XVIII e siècle.
A l’instar de la Bourgogne ou de Bordeaux, l’île des Caraïbes possède ainsi un terroir façonné par plusieurs siècles de savoir-faire, contrairement au Saint-Domingue qui a pris le virage du cigare après le blocus économique de Cuba décrété par John Fitzgerald Kennedy en février 1962.

*Vitole, de l’espagnol « vitola », désigne l’ensemble des caractéristiques propres à un type de cigare. Dans un sens générique, commun, il est employé comme synonyme de cigare, au même titre que puro. Les experts différencient eux 2 types de vitoles : la « vitola de salida » et la « vitola de galera ». La première distingue la création d’une marque ou d’une gamme comme les vitoles « Montecristo Linea 1935 » ou « Cohiba Panetelas » qui ont leurs « étalons référents » : longueur, diamètre, calibre, forme et un panel aromatique. La seconde indique un format officiel de cigare, sa longueur et son diamètre, établi au sien des manufactures selon une grille définie.

Le cigare, une question de temps

La vie dans une galera… Photo © Jean-Pierre Saccani

Le cycle du « hecho a mano »

Aujourd’hui, la très grande majorité des havanes sont toujours « hecho a mano ». Et pas seulement côté roulage. Avant d’arriver dans nos civettes, les vitoles font l’objet d’un long processus. La récolte du tabac débute en janvier lorsque les plants ont mûri trois mois environ, les feuilles sont cueillies à la main et triées en fonction de leur destination : la tripe (le cœur du cigare), la sous-cape ou la cape (l’enveloppe) qui a une grande importance esthétique (et peu d’incidence sur le goût). Arrive ensuite l’étape du séchage et de la première fermentation qui oscille entre 20 et 90 jours. Le volume et la taille des feuilles diminuent et gagnent en arômes. Le tabac subit ensuite une deuxième fermentation dont la propriété principale est d’enlever une partie de l’acidité, du goudron et de la nicotine. Résultat : le tabac devient plus doux et surtout plus sain que celui de la cigarette, d’autant qu’il ne contient aucun adjuvant chimique…

Le cigare, une question de temps

Une torcedora roule un cigare Cohiba dans la mythique fabrique El Laguito. Photo © Jean-Pierre Saccani

Les « torcedores », aristocrates de la classe ouvrière

Le voilà donc prêt à rouler. Contrairement à la légende, les cigares ne sont pas roulés sur les cuisses (et encore moins sous les aisselles) de plantureuses Carmen. La réalité est bien plus prosaïque : ils sont tout simplement confectionnés sur les établis de la galera (l’atelier) par les torcedores, les aristocrates de la classe ouvrière dans de nombreux pays producteurs. Neuf opérations sont nécessaires pour obtenir une vitole avant de l’envoyer au repos (de quatre à huit semaines) par fagots de cinquante dans de grandes armoires de cèdre. A l’issue de cette pause où une partie de son humidité s’est envolée, le cigare est prêt pour le contrôle qualité : vérification du tirage, de ses dimensions afin qu’elles correspondent bien au module choisi (churchill, robusto, corona, etc). Ce cap franchi, les vitoles sont prêtes à être baguées (toujours à la main), puis triées en fonction de leur couleur et mises en boite (enfin).

Le cigare, une question de temps

Des feuilles de cape protégées du soleil par des tapados. Photo © Jean-Pierre Saccani

Des techniques internationales

Ces techniques ne sont pas uniquement pratiquées à Cuba, elles sont également valables dans tous les autres terroirs producteurs de vitoles hecho a mano : Saint-Domingue, Honduras, Nicaragua pour ne citer que les principaux. Mais, différence notable, ces pays, contrairement à la Havane, sont obligées d’importer du tabac, la cape notamment qui provient souvent des Etats-Unis, du Connecticut, grand pourvoyeur de ces grandes feuilles à la souplesse irréprochable, véritables écrins de tout beau cigare, une merveille de la nature qui exige du temps. Dans sa conception, comme dans son usage. Alors pour ne pas rompre ce cycle, ne fumez pas le cigare à la chaîne mais de manière pondérée et responsable. Vous en tirerez alors la quintessence. Et n’oubliez pas : il n’y a pas de délit à s’initier.

Les étapes du bonheur

Fumer un cigare comprend trois étapes : le foin, le divin et le purin. Ce qui se traduit par de la légèreté pour le premiers tiers, une complexité plus importante pour le second (les arômes donnent leur pleine mesure) et un goût final essentiellement basé sur la puissance (normal, la concentration de nicotine est alors la plus forte).
A suivre prochainement : d’autres articles sur comment choisir son cigare et sur l’art de fumer dans les règles…

Marque citée dans l'article

Armagnac Castarède

Maison fondée en 1832