Maison Tamboite : le vélo fait art

Dans le monde du cycle, la renaissance d’une marque est, en France, suffisamment rare pour qu’on en parle. S’il l’on ajoute que cette marque, Tamboite, est une histoire familiale, que l’atelier emploie et fait travailler des artisans d’excellence et que celui qui la développa était aussi artiste et avait fréquenté l’Académie Libre d’Henri Matisse et l’Hôtel de Biron, alors il y avait de quoi susciter la curiosité de la rédaction de Singular’s.

Maison Tamboite : le vélo fait art

‘Le Fauve’, modèle urbain et extra-urbain de la nouvelle Maison Tamboite. Photo © Pierre d’Ornano

Outre le design et la recherche des meilleurs matériaux, la création d’une bicyclette pourrait se résumer à une histoire d’emboîtage de tubes, de limes et de soudures au chalumeau. Mais lorsque ce sont des artisans qui œuvrent à la recherche de l’excellence, à la fois technique et esthétique, alors on entre dans l’univers de l’artisanat d’art pour amateurs passionnés.

La renaissance d’une marque centenaire

Rien d’étonnant à ce que Singular’s ait croisé Frédéric Jastrzebski, au parcours atypique, qui a fait renaître en 2014 la marque de cycles haut de gamme Tamboite reprise en 1928 par son arrière-grand-père Léon Leynaud, au salon international du patrimoine culturel au Carrousel du Louvre. Un événement où l’on peut rencontrer, chaque année, un échantillon des meilleurs artisans français et d’ailleurs, mais aussi d’entrepreneurs qui misent sur l’artisanat.

Maison Tamboite : le vélo fait art

Frédéric Jastrzebski, ex-financier, a l’initiative de la renaissance en 2014 des cycles Tamboite. Photo © Pierre d’Ornano

De la Finance à la ‘petite reine’

Un parcours bien atypique que celui de cet ex-financier… Après une maîtrise en droit des affaires de l’Université Paris II Assas, et Science Po Paris (éco & finance), Frédéric Jastrzebski a travaillé pendant 20 ans dans le secteur financier en France à l’étranger (Coopers & Lybrand, Indosuez, Cheuvreux de Virieu, Crédit Agricole Indosuez) et fut également à l’origine, en 1999, de la création d’une banque en ligne à Dubaï. Une carrière linéaire de cadre dirigeant dans la finance, jusqu’en septembre 2014 lorsque, par goût de l’entrepreneuriat et pour faire revivre un pan de sa culture familiale, il décide de relancer la marque Tamboite. 

Maison Tamboite : le vélo fait art

‘Dalou’, est le modèle mixte, porteur, de la Maison Tamboite. Le vélo au design des années 1920, est doté d’un moyeu deux vitesses automatiques intégrées pour affronter les pentes citadines. Photo © Pierre d’Ornano

Des modèles rétro, uniques

Dans l’atelier de la Maison Tamboite, aujourd’hui sis au 20 rue Saint Nicolas (75012) à deux pas de la Bastille, que nous avons visité quelques jours après le salon, on crée des pièces uniques, dont les alliages et le façonnage marient le style, l’élégance et la haute technologie pour emprunter les chemins de la liberté qu’offre le vélo.

Maison Tamboite : le vélo fait art

Le porte-bagages du modèle ‘Dalou’ est en tubes chromés et bois « aviation », teinté à la main dans le respect des techniques artisanales. Photo © Pierre d’Ornano

La liberté selon de Vlaminck

Liberté ! c’était le maître mot de certains artistes peintres du XXème siècle naissant, qu’ils associaient au cyclisme, comme Maurice de Vlamink. Le peintre fauviste et cubiste, également écrivain et cycliste (il fut professionnel), avait ainsi déclaré à Léon Leynaud, qui le côtoyait, « qu’il aurait aimé fabriquer des vélos comme on fait des sculptures, emblèmes de liberté. »

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Originaire de Lannion, dans les Côtes d’Armor, Hugo Canivenc est diplômé de la Faculté des Métiers de Saint Malo où il a acquis, en 2011, un contrat de qualification professionnel de Conseiller Technique Cycle. Après 5 ans chez Cyfac (une entreprise artisanale de cycles sur mesure), dont 2 en apprentissage en alternance où il a travaillé à la création de cycles sur-mesure et acquis notamment un savoir-faire spécifique sur le travail de l’acier, il intègre en septembre 2014 la Maison Tamboite. Photo © Pierre d’Ornano

Le « code du luxe » comme référence

« Le concept lors de la reprise de la marque Tamboite était de s’inspirer, dans les grandes lignes, des modèles d’époque, avec notamment des tubes fins et des fourches cintrées, mais d’y apporter les techniques de fabrication modernes », déclare Hugo Canivenc, le maître artisan responsable de l’atelier cadrage et mécanique. Un concept qui fut son cahier des charges lors de son arrivée, en 2014, dans l’entreprise. Un cahier des charges voulu par Frédéric Jastrzebski et conçu pour coller au code du luxe, soit un design caractérisé par une identité forte, porteuse d’une émotion particulière, avec l’évocation de l’histoire de la marque.

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Tamboite, une marque centenaire, chronologie…

-1912 : installation rue Dulong à Paris de Léon Leynaud, et lancement de sa 1ère marque : les cycles Rych ;
-1913 : ouverture d’un second magasin, 31 de la rue des Batignolles ;
-1914 : mobilisation de Léon ‘Guerre 1914-1918’ ;
-1919 : démobilisé et reprise de la production de vélos d’exception sous sa marque Rich ;
-1928 : Léon et son fils Henri (âgé de 18 ans) reprennent Tamboite, marque de vélos de compétition fondée par Maurice Tamboite, ex-star du Vel d’hiv;
-2014 : Frédéric Jastrzebski, arrière-petit-fils de Léon, relance avec son frère Grégoire et leurs épouses respectives, Patricia et Florence, la marque Tamboite.
– 2015 : sortie du premier prototype puis des 3 premiers modèles « Dalou », « Henri » et « Marcel ».

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En cent ans d’existence, nombre de cyclistes de haut niveau et d’artistes chevauchèrent ces ‘petites reines’ de luxe. Les carnets de commandes, retrouvés par Frédéric Jastrzebski, portent les noms de Marlène Dietrich, Joséphine Baker, Sarah Bernhardt, Maurice Chevalier ou encore, plus proches de nous, d’Edith Piaf, Bourvil, Lino Ventura et Coluche. Photo © DR

Une quête d’élégance

Pour s’assurer d’une qualité et d’un raffinement irréprochables, les matériaux de base – acier Colombus® ou Reynolds, bois de hêtre*, cuir de buffle végétal pleine fleur – sont sélectionnés avec rigueur puis façonnés à la main par des artisans français ou italiens. Les patines, ou encore les coutures au point sellier pour les gaines des câbles de freins sont aussi faites à la main. Et le chrome brille de tout son éclat sur tous les modèles, sans pour autant qu’ils en deviennent ostentatoires. Autant de techniques artisanales mises en œuvre pour la sellerie, les sacoches, mais aussi les guidons, ou l’habillage (avec du cuir) des câbles.

(*) A l’origine les jantes des vélos, sur lesquelles on collait les boyaux, étaient en bois de hêtre.

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Les cadres, montés avec des tubes Colombus®, sont refaçonnés dans l’atelier parisien. Photo © Pierre d’Ornano

Matériaux d’exception et techniques artisanales

Enfin, les matériaux utilisés et les techniques d’assemblage visent à la fois la performance et la durée dans le temps. « Les tubes des cadres, en acier Colombus® de 6 dixième d’épaisseur très léger, sont brasés à l’argent pour éviter une surchauffe du métal et aussi assurer une meilleure pénétration par capillarité », précise Hugo Canivenc.

Maison Tamboite : le vélo fait art

Le système d’assistance hybride et connecté, en option sur les modèles ‘Dalou’, ‘Henri’ et ‘Fauve’, est conçu pour accompagner le cycle dans son effort. Photo © Pierre d’Ornano

Pédaler sans transpirer

Si le ‘look’ des vélos reprend les lignes du siècle passé, les dernières technologies, les plus pointues, sont aussi présentes dans l’atelier Tamboite. On peut ainsi (en option) faire équiper son vélo d’une assistance électrique hybride et connectée. Le moteur, fabriqué par une start-up italienne créée par des étudiants, doté d’un gyroscope qui détecte si l’on est en montée ou en descente, est conçu pour travailler avec la personne. « Le système permet de ne pas faire monter trop haut son rythme cardiaque pour ne pas produire d’efforts non souhaités, précise Frédéric Jastrzebski. On touche ainsi à notre concept qui vise l’élégance de l’objet, par le design et par le plaisir qu’il procure à l’usage. » Idéal donc en parcours urbain, lorsque l’on doit emprunter son vélo pour se rendre à une réunion de travail en s’assurant de ne pas fondre en transpiration à son arrivée !

Maison Tamboite : le vélo fait art

Le ‘Marcel’, vélo de piste monovitesse à la ligne rétro et épurée, est équipé de jantes en hêtre renforcées au carbone et de freins double pivot sur jantes. Un modèle conçu, aussi, pour le plaisir de la vitesse. Photo © Pierre d’Ornano

Pas de concessions pour… la performance

Quid de la performance, pour ces vélos dont les prix (à partir de 11 000€ pour le modèle Marcel) avoisinent ceux des modèles de haute performance sportive ? Eh bien, là aussi, si vous êtes un sportif affûté vous ne serez pas déçu. Après avoir enfourché le modèle urbain et extra urbain ‘Le Fauve’, avec jantes (*) en bois de hêtre renforcées à la feuille de carbone, commande des vitesses par pression sur des boutons situés sur les bords intérieurs du guidon et transmission par courroie en kevlar, même sur une courte distance on sent des gènes de race.

Maison Tamboite : le vélo fait art

‘Le Fauve’, modèle urbain et extra-urbain de la gamme Tamboite : transmission à courroie en kevlar, jantes en bois de hêtre renforcées à la feuille de carbone, commande des vitesses par pression au guidon. Photo © Pierre d’Ornano

Le vélo est réactif, nerveux et rigide tout en offrant un véritable confort qui reste difficile à reproduire sur un modèle en carbone. Le passage des vitesses (le moyeu en compte 11) est immédiat et précis. En outre, coté poids le modèle ‘Marcel’ (ligne piste), affiche moins de 10 kilos sur la balance (17 pour le modèle doté de l’assistance électrique). La performance et le confort sont d’autant mieux assurés que le vélo correspond à vos mensurations. 15 points de mesure sont effectués sur les clients dans l’atelier. Ils permettent de réaliser un vélo adapté afin d’optimiser la position en fonction de l’usage, pour le confort, mais également le déroulé du pédalage pour une recherche de transmission optimale de la puissance.

La qualité des matériaux et la fabrication artisanale hissent presque au niveau d’œuvres d’art les cycles Tamboite, sans pour autant lésiner sur la performance. De quoi mettre en ébullition tous nos sens, la vue, le toucher, jusqu’au regard des autres lorsqu’il se tourne à leur passage.

Maison Tamboite : le vélo fait art

Frédéric Jastrzebski, en compagnie de Vincent Rebours, responsable de la communication, devant son atelier/boutique, au 20 rue Saint Nicolas (75012) à deux pas de la Bastille. Photo © Pierre d’Ornano