Sandra Nkaké, ambassadrice de la voix et de l’orchestre en liberté

Fidèle à sa conception de l’ouverture, la 10e édition d’Orchestres en fête (22-25 novembre) s’appuie sur Sandra NKaké, la chanteuse franco-camerounaise comme ambassadrice. Ce choix d’une diva du jazz à priori surprenant, s’avère évident quand cette voix de miel s’élève au-dessus des contingences.

Découvrir des territoires musicaux avec bienveillance

C’est par instinct que Sandra Nkaké a accepté l’invitation de Philippe Fanjas, directeur de l’Association Française des Orchestres, organisateur d’Orchestres en fête (22-25 novembre). Si la chanteuse franco-camerounaise reconnait être loin de cet univers, elle a cependant tout de suite apprécié cette volonté de décloisonner les frontières des genres, sans pour autant abolir leurs spécificités, ce qui constitue la dynamique la plus caractéristique de son parcours. Est-ce due à son déracinement de Femme, Noire, Citoyenne, ou à son écoute permanente de ce qu’elle ressent, observe ou partage,  Sandra Nkaké n’est jamais là où on l’attend.

Sandra Nkaké, ambassadrice de la voix et de l’orchestre en liberté

Sandra Nkake Photo © Jean Baptiste D’Enquin

Un feeling naturelle à l’énergie collective

Même si la pratique en orchestre reste de l’ordre du patrimoine, Sandra Nkaké est très sensible à l’énergie collective quasi-magique qui s’en dégage. Sa façon de plonger physiquement dans le répertoire des mélodies classiques témoigne de son talent polyvalent de chanteuse qui excède largement l’étiquette ‘jazz’ très réductrice dont on l’affuble par facilité. Les vidéos de préparation du concert d’ouverture du 22 novembre au Jazz Café Montparnasse en témoignent.

L’orchestre est un miroir de la société

Ce qui compte pour elle dans cette démarche des orchestres, c’est d’une part la symbolique très puissante de chaque instrument, une présence particulière, et le travail des sons qui offre une grande résonance avec son propre univers. « C’est un miroir de la société, déclare-t-elle. On a tous sa place pour donner le meilleur collectivement ». Et puis il-y-a cette ambition de montrer que la musique « savante » n’est pas réservée à un type d’auditeurs. C’est aussi le sens de l’Histoire, et plus encore de son histoire. En témoigne la discothèque de ses enfants qui associent Police et Led Zeppelin aux Mazurka de Chopin…

Sandra Nkaké, ambassadrice de la voix et de l’orchestre en liberté

Le passage de baguette fait partie des ateliers d’Orchestres en fêtes – Photo ©Orchestre de Cannes 2013

La vibration sensorielle abolit les genres musicaux

« Nous sommes touchés non par un genre, mais par la vibration sensorielle que dégage une musique, reconnait la chanteuse de jazz. En cherchant à s’exposer à de larges publics qui ne franchiraient pas facilement les portes d’une salle de concert, les orchestres démontrent qu’ils ne sont pas ces monstres froids et distants pour ceux qui ne les connaissent pas. »

Une saine habitude de bousculer les genres

De plus, comme dans sa propre carrière de productrice indépendante et de chanteuse, Sandra Nkaké retrouve dans la musique d’orchestre cette forme d’écriture collective qui lui donne tant l’envie de joue la musique et de la partager. Si elle a reçu une Victoire de la musique en 2012 comme Révélation Jazz, son parcours musical démontre sa liberté vis à vis des genres musicaux. Que ce soit par ses deux premiers disques solo Mansaadi et Nothing For Granted, et  plus encore avec Tangerine Moon Wishes (sorti en septembre 2018), que par ses collaborations, très éclectiques et créatives : Jî Mob, Grand Corps Malade, Autour De Chet … Sa voix se fond dans celles des autres pour créer un univers si personnel.
D’ailleurs, cette anti-diva sans afféterie en interview, sans artifice sur scène et sans limite expérimentale au disque a du mal avec le terme « indépendance » : « Je suis dans une dépendance saine, du feu qui me traverse au pas ». Et ce feu ne vous quitte plus quand vous découvrez la volupté de sa voix, associé à un travail précis sur les sons et les rythmes.

Un travail musical exemplaire

Avec  Tangerine Moon Wishes,  la chanteuse productrice toujours en quête d’elle même avec humilité et ouverture montre pourtant la pleine maturité de son art et de chemin où elle veut nous emmener. Sans concession avec ses propres  inquiétudes : « Avec l’âge, je commence à comprendre le silence, à avoir moins de peurs, pour qu’elles ne me guident pas ou m’empêche de penser. »
Son refus de la facilité, de la zone de confort où le mélomane pense la retrouver est voluptueusement créatif. Le travail sur le son avec Jî Drû, son complice de toujours produit une collection de chansons véritables ‘ïles sonores’ pourrait-on dire, épurées ou contemplatives où sa voix voluptueuse joue toutes les couleurs, du flamboyant au plus profond, mais toujours immédiatement fraternel.  L’envoûtement est progressif, intense, et persiste longtemps.