Lifestyle

Une mode plus éthique selon Phi 1.618, Eugène Riconneaus, et l’Atelier Marielle Maury

Auteur : Anne-Sophie Barreau
Article publié le 22 janvier 2023.

Conséquence de la surconsommation entrainée par la mode pas chère et d’une industrie textile parmi les plus polluantes de la planète, l’urgence d’une mode éthique, si elle est évoquée par beaucoup, recouvre encore trop de réalités diverses, entre affichage à peu de frais et authentique engagement écoresponsable. Passant de la parole aux actes, trois jeunes entreprises textiles repérées par la romancière Anne-Sophie Barreau montrent que de nouvelles approches sont en cours : Phi 1.618 crée de la Haute Maroquinerie à partir de ‘cuirs dormants’, Eugène Riconneaus crée des chaussures à partir de déchets marins, et les robes de mariées de l’Atelier Marielle Maury, certifiées BIO GOTS, label qui intègre l’intégralité de la chaîne de production. 

Les peaux coûtent moins cher que si elles étaient tannées pour Phi 1.618.
Juliette Angeletti, DG, Phi 1.618

Sac Philo, de la maison de haute-maroquinerie. Photo Laura Bonnefous

Les doigts de fées de Phi 1.618 à partir des « stocks de cuirs dormants »

« Je m’approvisionne en cuir dans les stocks dormants, autrement dit, les stocks qui n’ont pas été utilisés par les maisons qui ont passé des contrats avec les tanneurs » nous dit Juliette Angeletti, directrice de la maison de haute-maroquinerie installée à Paris Phi 1.618, nommée ainsi en référence au nombre d’or, cette forme parfaite que l’on trouve partout dans la nature, et qui inspire depuis toujours nombre d’artistes – récemment Anselm Kiefer au Grand Palais éphémère en 2021.

« Toutes mes créations sont faites en référence au nombre d’or » rappelle la créatrice elle-même en citant « le sac en forme de coquillage nautile » ou encore « la ceinture emblématique de la maison qui se noue comme la lettre phi en grec ».

Sac, de la maison de haute-maroquinerie. Photo Laura Bonnefous

Des accessoires d’une élégance folle qui font le pari de la longévité et de l’intemporalité. Mais revenons à ces fameux « stocks dormants » qui sous la main de la créatrice, à la façon du prince avec la belle au bois dormant – car c’est bien le conte de Perrault qui revient en mémoire à cette mention – se réveillent. Inutilisés, ils pourraient éternellement rester en sommeil mais Juliette Angeletti qui « prototype tous les modèles avant de les envoyer en production » leur redonne vie à moindre coût avec une ambition : celle de « faire rayonner le savoir-faire expert des ateliers » – situés en l’occurrence dans les régions de Tours et Cholet. Un savoir-faire qui, lui, a un prix : « les clients ne sont pas encore prêts à payer la différence de coûts de fabrication » reconnaît la créatrice qui reste optimiste : cette différence ne garantit-elle pas d’avoir un sac à main à vie ?

J’ai créé une nouvelle matière pour vous chausser.
Eugène Riconneaus

Les sneakers du designer Eugène Riconneaus

Sneakers du designer Eugène Riconneaus conçus à partir de déchets marins Photo DR

Huitres, filets de pêche et algues : qui aurait imaginé qu’un jour une chaussure naîtrait de cette étonnante combinaison ? C’est pourtant la prouesse que vient de réaliser le jeune créateur rochelais Eugène Riconneaus. « J’ai créé une nouvelle matière composée à 78% de matériaux recyclables » dit-il avec un sourire dans la voix, mais je n’ai pas voulu l’aborder comme une invention qui allait révolutionner la mode, plus comme un ready made ».

Résultat : des sneakers siglés ER (soulier) sont sur le point d’être livrés à leurs premiers acheteurs, et une collection de « souliers pour femmes » que le jeune créateur entoure volontiers de mystère verra le jour d’ici quelques mois.

Pour ce fils de marin qui a débuté dans le métier en réparant des chaussures de skate, puis créé les premiers sneakers à son nom à partir de stocks dormants à l’instar de Juliette Angeletti, avant d’inclure petit à petit des déchets marins – plastiques et organiques – dans ses créations, « c’est la suite logique de l’histoire ».

Pour les boutons que j’utilise, je dois prouver qu’il n’y a pas de matière interdite,
et pour la laine, qu’elle n’est pas issue de pratiques qui nuisent aux animaux.
Marielle Maury, Atelier de création de robes de mariées Marielle Maury 

Robe de mariée Aster, 2020 – Atelier Marielle Maury Photo DR

Les robes de mariées certifiées BIO GOTS de Marielle Maury

Direction enfin Montpellier, à l’atelier de création de robes de mariées Marielle Maury du nom de sa créatrice, premier atelier certifié BIO GOTS pour les robes de cérémonie. Un label qui garantit le respect de l’environnement et des conditions sociales des travailleurs sur l’intégralité de la chaîne de production, reflet, en cela, de la façon dont la jeune créatrice entend pratiquer son métier : c’est tout simplement « impossible autrement » dit celle qui s’émerveille du « givre sur le pare-brise des voitures » et a travaillé pendant huit ans dans un parc naturel régional avant de devenir créatrice.

Artisane sur une Robe de mariée de l’Atelier Marielle Maury Photo DR

Une sensibilité que l’on retrouve dans le soin extrême apporté au choix des matières et la sophistication des coupes pour des vêtements d’apparat qui doivent pouvoir ensuite être portés en d’autres occasions. La certification BIO GOTS attribuée à l’atelier implique en amont que chaque fournisseur « ait lui-même avoir reçu la certification ». L’utilisation des métaux est ainsi proscrite, de même, les colorants doivent être conformes au cahier des charges.

Si la collecte des informations, fastidieuse, empiète sur le temps de création, la créatrice, qui travaille seule, l’accepte sans ciller et même humour : « j’ai eu beaucoup de robes à livrer dernièrement, les papiers se sont entassés, j’ai un peu de retard à rattraper… ».  Comment vit-elle ce paradoxe, vrai pour toutes les entreprises de mode écoresponsables, que le gain obtenu en amont par le recours à la filière courte soit amoindri en aval par les exportations ?
Cela, naturellement, l’interroge, mais quand les clients prennent le relais, telle cette canadienne l’été dernier qui « sur le chemin qui l’emmenait en Grèce, où elle allait se marier, est passée prendre sa robe à Montpellier », la surprise n’en est que plus belle.

Pour aller plus loin sur la mode éthique

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