Et Dieu créa la mer… pour se soigner grâce au Sea-Fitness et au Longe-Côte

La mer, nourricière et fascinante, et surtout accueillante et bienveillante pour les hommes et les femmes qui apprennent à marcher dans les vagues. Cette activité physique intense, de l’immersion à la verticale, les pieds en contact avec le sable promet une dépense calorique exceptionnelle et une quasi addiction tellement le bien-être, physique et psychique, est intense. Découverte du Sea-Fitness et du Longe-Côte aux vertus insoupçonnées…

Et Dieu créa la mer… pour se soigner grâce au Sea-Fitness et au Longe-CôteLe Longe-Côte, discipline affiliée à la à la Fédération Française de Randonnée. Photo © Alison Wave Attitude International

Pour s’offrir une seconde jeunesse

« Passé trente ans, il y a des mouvements de musculation qu’on ne peut plus exécuter sur la terre ferme sous peine d’abîmer les cartilages osseux ou de détruire ses articulations. Le saut carpé par exemple ou le saut demi-tour ou bien avec réception les genoux pliés, il faut oublier, sauf dans l’eau puisque la mer nous porte. Les exercices en eau de mer nous offrent une seconde jeunesse en activité physique » explique Thierry Roudil, professeur de préparation physique à l’université de Sports de Montpellier. Dans un livre, devenu la bible des pratiquants (Marcher en eau de mer, édition Amphora), il a posé les postulats du Sea-Fitness, autrement dit l’activité physique intense en eau de mer. Depuis cinq ans, il scrute la modification morphologique d’une centaine de pratiquants qui suivent ses cours onze mois sur douze avec combinaison épaisse lorsque l’hiver et le vent glacent la Méditerranée. Le travail proposé en mer avec de l’eau à la poitrine est intense. Les séquences d’exercices sont brèves et toniques. Thierry Roudil, ancien décathlonien et coach de renommée internationale connait la construction musculaire de l’humain sur le bout des doigts pour entraîner les pratiquants dans un travail musculaire en profondeur. Athlète de haut niveau, il dit avoir, dans sa jeunesse, appris à lancer le poids, à répéter inlassablement le mouvement dans l’eau sur la plage de Carnon avec son entraîneur .

Témoignage…

« En dix-huit mois, j’ai retrouvé mon poids de forme et j’ai perdu deux tailles de vêtements. Surtout, j’ai considérablement amélioré le drainage lymphatique au niveau de mes jambes, y-compris lorsque j’interromps les exercices comme pendant ces vacances » s’exclame Michelle, la quarantaine, à la vaillance impressionnante pour bouger dans l’eau et qui ne pratiquera plus jamais son ancienne passion sportive, la course à pied. Sans aucun regret tangible. Cathy, elle aussi a abandonné le footing pour se concentrer sur les séances de mer trois fois par semaine, « pour retrouver une véritable puissance cardio-musculaire », grâce notamment au travail dans l’eau froide, à 12 degrés, qui fait l’unanimité.

Et Dieu créa la mer… pour se soigner grâce au Sea-Fitness et au Longe-Côte

La scientifique française Corinne Caillaud installée à Sydney (Australie) en compagnie de Thierry Roudil, l’un des théoriciens français de l’activité physique intensive en eau de mer. Photo © Christian Goutorbe

… le tissu brun pour lutter contre l’obésité

« Quand le corps se refroidit, pour remonter la température, il y a les tremblements. Les muscles ont un mode de contraction peu efficace pour créer du mouvement mais qui se dissipe en chaleur. Ce mécanisme consomme de l’énergie même après la fin de l’activité lorsque le corps va tenter de se remettre à température corporelle normale. Pour maintenir la température du corps, il existe un tissu brun, différent de la graisse blanche. C’est un tissu dont la capacité est de dépenser de l’énergie pour réchauffer la température du corps. C’est très connu chez les animaux qui hibernent. Cela consomme des carbohydrates et des graisses pour produire de l’énergie. Ce tissu brun se développe dans un milieu froid. Il permet de lutter contre l’obésité » explique la scientifique française Corinne Caillaud, spécialiste de physiologie de l’endurance sportive venue d’Australie où elle conduit ses travaux de recherche après avoir enseigné aux universités de Poitiers et de Montpellier. Elle a effectué une première approche de cette « activité physique intense ouverte à tous » car elle ne veut pas utiliser le mot sport. Pour se concentrer sur les bienfaits physiques de la pratique, comme l’avait découvert Hippocrate lui-même quatre siècles avant Jésus-Christ.

Et Dieu créa la mer… pour se soigner grâce au Sea-Fitness et au Longe-Côte

Compétition de Longe-Côte. Photo © Alison Wave Attitude International

Le Longe-Côte, ou comment randonner dans l’eau

A l’autre bout de la vague de Méditerranée, Sophie Chipon, 56 ans, est dans une optique totalement différente. Professeur de littérature du XVIIème à la Sorbonne, elle veut aller le plus vite possible dans l’eau dans son activité de Longe-Côte, pratique aujourd’hui affiliée à la fédération française de randonnée (FFR). Cette formule de randonnée dans l’eau de mer, Sophie Chipon la révolutionne depuis cinq ans avec la création d’Allison Wave. Cette association rassemble 250 pratiquants à Mandelieu-La-Napoule. Le club est devenu l’épouvantail de toutes les compétitions nationales : 23 médailles en 2017 aux championnats de France. Car il existe aujourd’hui des courses et des séquences d’entrainement avec saisies vidéo pour peaufiner le geste dans l’eau et ainsi gagner de précieuses secondes. Mais le discours sur le fond est à peu près le même. « Cette pratique de plein air facilite le drainage lymphatique, le retour veineux au niveau des jambes. Cela permet de faire travailler les muscles en profondeur et cela améliore la posture. C’est un bienfait pour le corps comme pour l’esprit », souligne Sophie Chipon qui avait découvert ce sport pour soigner les douleurs d’une infection. Elle aussi décrit la douce addiction et le caractère universel de ce sport vertueux, bon pour la santé de ses pratiquants comme pour les comptes de la sécurité sociale. Une sorte de panacée.

Et Dieu créa la mer… pour se soigner grâce au Sea-Fitness et au Longe-Côte

Corinne Caillaud (à gauche) lors d’une séance de Sea-Fitness. Photo © Christian Goutorbe

Le Sea-Fitness … pour les forts en maths et en physique

Selon les calculs du professeur Roudil, la masse volumique de l’eau est 855 fois supérieure à celle de l’air. C’est ce qui explique la résistance à l’avancement constatée dans l’eau et plus encore dans l’eau de mer. Et le fait d’accroître la hauteur d’eau d’immersion va augmenter dans les mêmes proportions la résistance à l’avancement. On dépense alors plus d’énergie pour avancer à la même vitesse. C’est ce que recherchent les adeptes du Sea-Fitness pour un travail musculaire intense alors que les longeurs recherchent une hauteur d’eau qui permet d’aller vite pour gagner des secondes au chrono. A titre indicatif, on peut estimer que l’on multiplie par dix la résistance à l’avancement quand on passe d’une hauteur d’eau à la naissance du mollet à une immersion à hauteur de la poitrine.

Pour être complet, toujours selon les travaux de Delmas et Roudil, les Lagarde & Michard du Sea-Fitness, il faut tenir compte de l’hydrodynamisme, qui varie en fonction de la densité du milieu aquatique et surtout de la forme du corps immergé. Sur ce second point, les personnes en surcharge pondérale sont lésées.

Pour calculer la résistance à l’avancement, encore faut-il tenir compte de la vitesse d’exécution que l’on introduit au carré. Autrement dit quand le pratiquant double sa vitesse, la résistance de l’eau est multipliée par quatre et le travail musculaire dans les mêmes proportions. Et il existe encore bien des sujets de calculs pour solliciter la sphère cérébrale au moment où l’on pratique dans l’eau de mer.

Une étude scientifique envisagée à Sydney

C’est le paradoxe d’une activité vertueuse qui se développe à grande vitesse dans l’absence quasi absolue de données scientifiques pour étayer la pratique. Sauf les précieux éléments chiffrés bio-mécanique qui sont compilés dans le livre d’Alain Delmas et de Thierry Roudil, il n’existe aucune étude médicale sur le Sea-Fitness. Corinne Caillaud dirige le service de santé connectée à l’institut « Charles Perkins Centre » organisme de recherche de Sydney dirigé par le professeur Steve Simpson. Corinne Caillaud envisage de lancer, dès cet automne, une observation scientifique d’un groupe de pratiquants, en partenariat avec le professeur Thierry Roudil. « Il s’agit de comprendre le processus de dépense énergétique et d’en étudier les retombées sur la vie quotidienne des pratiquants et sur leur sommeil. Les bienfaits pour la santé semblent évidents. C’est une pratique sportive ouverte à tous mais il faut objectiver ses bienfaits » assure Corinne Caillaud, elle-même séduite par l’immersion sportive verticale.  Pour lutter contre la force exceptionnelle et massante de la colonne d’eau de mer.