Culture

L'émulsion musicale de Pierre Boudeville donne son envol à Oya Kephale

Auteur : Olivier Olgan
Article publié le 14 décembre 2023

Après une fin de saison brillante grâce à leur production des Brigands,  le Chœur et Orchestre amateurs Oya Kephale a repris les chemins des répétitions pour un concert lyrique ambitieux : Bach Jesu Meine Freude BWV 227, Beethoven, Symphonie n°1, Mendelssohn, Psaume 42 qu’il donne ce soir 15 décembre à 20h, et demain 16 à 18h sous la direction musicale de Pierre Boudeville, à l’Eglise Saint-Marcel, (13e). Singular’s a assisté à la Générale où une véritable émulsion musicale communicative a pris son envol sous ses yeux.

Quand nous montons l’escalier vers 19h qui mène à cette église contemporaine du 13e arrondissement, nous entendons déjà de brefs instants de musique, le Chœur et Orchestre amateurs Oya Kephale est en répétition depuis plus d’une heure. Le chef Pierre Boudeville procède à un filage des moments clés d’un programme ambitieux qui exige de tous les musiciens le meilleur d’eux-mêmes.

Après ou interrompant les reprises, Pierre Boudeville donne ses consignes, harangue si besoin tel pupitre, invite le chœur à se projeter ou change les voix de place pour le meilleur équilibre dans l’espace de cette Eglise qu’ils découvrent tous ensemble. Au besoin, il se fait remplacer pour écouter au fond de la salle les résonnances.

Des consignes de Pierre Boudeville aux Chœur et Orchestre amateurs Oya Kephale pour les concerts à l’Eglise Saint-Marcel, (13e) Photo OOlgan

Surmonter les obstacles

Attentif à la moindre inflexion, il est habité par  le désir de hisser sa troupe et celui de trouver le meilleur son dans un temps contraint. Bach en chœur seul, Beethoven avec l’orchestre uniquement, puis Mendelssohn, tous ensemble font l’objet de ce méticuleux passage en détail. Pratiquement sans pause, les musiciens reconfigurent leur disposition pour chaque partition avec les conseils de leur chef.

Pour toute personne extérieure, à ce stade, le défi semble immense, tant le chef multiplie les consignes, sur les temps, la projection, les balances…. Mais l’extrême concentration et humilité de chacun fascinent. D’autant que dés qu’une pause est possible, certains s’affairent à découper les billets des deux concerts à venir, le lendemain et samedi. Les contraintes de la structure associative d’amateurs ne sont jamais loin. Mais elles renforcent aussi l’engagement de ces jeunes gens pour leur amour collectif de la musique. Si beaucoup ont rempilé dans la saison dernière, toujours scandée par deux temps forts structurant, un concert lyrique produit en décembre et un production lyrique scénique en juin, de nouveaux passionnés les ont rejoint notamment dans le chœur, qui cette année peut s’appuyer sur une section de ténors impressionnante !

Le Chœur Oya Kephale répété Bach sous la direction de Pierre Boudeville, à l’Eglise Saint-Marcel, (13e) Photo OOlgan

Voila près de quatre mois qu’à raison d’une répétition par semaine et de trois week-ends, ces musiciens tous amateurs peaufinent ces partitions ambitieuses et exigeantes de trois grands maîtres de la musique allemande : deux sommets de la musique chorale et chef d’œuvre instrumental. Aiguillonné par leur chef, tous connaissent les partitions sous les bouts des doigts, en connaissent aussi les difficultés techniques qu’il faut tenter de surmonter tout en se  fondant dans le collectif.

Le Chœur Oya Kephale sous la direction de Pierre Boudeville, à l’Eglise Saint-Marcel, (13e) Photo OOlgan

Pierre Boudeville revient sur la construction du programme.

Jesu, meine Freude (Jésus, ma joie), motet funèbre que Jean-Sébastien Bach a composé à l’âge de 38 ans. Dans une architecture rigoureusement charpentée, le cantor de Leipzig expose un choral luthérien et fait ensuite alterner des variations de ce choral avec des mouvements plus libres. La ligne du choral est ainsi harmonisée, variée et ornée avec l’élégance et la profondeur qui conviennent à ce style.

La première symphonie de Beethoven. Cette pièce, à la charnière entre le classicisme viennois et le romantisme allemand, permet au compositeur de jouer avec les codes d’un genre relativement récent. On peut y entendre son goût pour la surprise, hérité de Haydn et déjà, en toute fraîcheur, l’expression de la fougue comme celle de la plus vive allégresse.

Le chœur et l’orchestre se retrouvent autour du Psaume 42 de Mendelssohn, Wie der Hirsch schreit (Comme un cerf altéré), que Schumann tenait pour le summum de la musique religieuse du compositeur. Écrite en 1838 à l’occasion de son voyage de noce, l’œuvre met en scène les peines et la consolation d’une âme qui cherche Dieu. Mendelssohn fait preuve d’un romantisme tendre et retenu, avec le soutien d’un orchestre symphonique complet pour l’époque. La pièce a été créée au Gewandhaus de Leipzig, dans la ville qui a connu le succès de J-S Bach.

Pierre Boudeville et L’Orchestre Oya Kephale plonge dans la 1er Symphonie de Beethoven, à l’Eglise Saint-Marcel, (13e) Photo OOlgan

Une générale en apesanteur

A 20heures, la générale commence dans une certaine fébrilité dans la mesure où l’église doit être rangée et libérée à 22h. Le chef s’est changé. Le Bach est merveilleusement équilibré. Pour des raisons de temps, seulement deux mouvement de la symphonie sont exécutées dans une clarté rayonnante. Avec le Psaume 42 de Mendelsshon, toutes les difficultés semblent s’effacer au fur et à mesure, chœur et orchestre fusionnent dans une même expression de sérénité communicative. Une émotion portée par la voix de nacre de la soprano Audrey Maignan nous gagne et nous transporte. Le chef semble libérer d’un poids sur sa poitrine.
Quand la musique s’efface, il souffle une dernière consigne bienveillante : « j’ai bon espoir que vous montiez tous d’un cran pour le concert de demain »

La soprano Audrey Maignan soutient le Chœur et Orchestre Oya Kephale sous la direction de Pierre Boudeville, à l’Eglise Saint-Marcel, (13e) Photo OOlgan

Avant de quitter les lieux, chacun s’active pour remettre bancs et chaises à leur place, ils ne sont qu’invités, mais pendant trois jours, cette église aura sonné d’un merveilleux projet collectif. Que l’on nous dise pas que la musique « classique » n’est qu’une affaire de personnes vieillissantes ! Le projet d’Oya Kephale bouscule les stéréotypes et le quotidien de tous ces merveilleux amateurs au sens étymologique pour leur épanouissement dans un collectif inouï…

Rendez vous ce soir et samedi à l’Eglise Saint Marcel pour partager cette dynamique d’état de grâce sereine et exemplaire.

Olivier Olgan

Pour suivre Oya Kephale

Vendredi 15 décembre,  20h, Samedi 16 décembre 2023, 18h, Concert lyrique : Bach Jesu Meine Freude BWV 227, Beethoven Symphonie n°1, Mendelsohn Psaume 42, avec la soprano Audrey Maignan, Chœur et Orchestre Oya Kephale, sous la direction musicale de Pierre Boudeville, Eglise Saint-Marcel, 82, Bd de l’Hôpital, Paris 13ème – La billetterie sur place ouvre 30 minutes avant chaque concert

Le site Oya Kephale

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