Culture

Exposition immersive : Basquiat Soundtracks (Philharmonie de Paris)

Auteur : Baptiste Le Guay
Article publié le 24 avril 2023

Jean-Michel Basquiat (1960-1988) est la star muséal du printemps, avec deux expositions majeures :  A quatre mains avec Warhol (Fondation Louis Vuitton jusqu’au 28 août) et une plongée immersive dans son rapport à la musique avec Basquiat Soundtracks à la Philharmonie de Paris jusqu’au 30 juillet). L’exposition – conçue par l’un des commissaires Vincent Bessières qui nous a confié un entretien – explore la fascinante relation que le peintre entretenait avec toutes les musiques du jazz au hip hop : comme mélomane compulsif d’abord, comme joueur amateur et influenceur, mais surtout comme terrain d’explorations esthétiques et réminiscences culturelles, faisant partie intégrante de son geste pictural.

Il n’y avait pas un moment sans musique autour de Basquiat.
Elle était toujours là, à l’accompagner dans sa création, porter ses idées, influencer son style.
Vincent Bessières, entretien avec Singular’s

Basquiat Soundtracks vous invite dans un parcours immersif sonore et labyrinthique (Philharmonie du Paris) Photo OOlgan (42)

Un labyrinthe sonore et pictural

Dès que vous pénétrez dans le parcours immersif de cette ambitieuse exposition synesthésiste , la playlist Basquiat Soundtracks – composée d’une centaine d’extraits, vous accompagnent, ce sont les influences musicales qui ont inspirées, fait vivre, ou nourrie Jean-Michel Basquiat (1960-1988). Né à Brooklyn, de père haïtien et de mère portoricaine, l’artiste plonge puis surfe dans l’effervescence musicale de New-York pendant les années 80, marqués par des courants urbains comme le no wave ou le hip-hop.

Basquiat, King Zulu encadré par deux écrans avec des extrait musicaux Basquiat Soundtracks (Philharmonie du Paris) Photo OOlgan

C’est une exposition où nous avons intégré du son, de la vidéo.
Ces tableaux de maîtres sont présentés d’une manière moins conventionnelle.
Nous voulions casser les codes d’une exposition plus ‘classique’ en accrochant sur mur noir et pas sur mur blanc,
proposant une scénographie labyrinthique avec des angles droits.
Vincent Bessières, entretien avec Singular’s

La musique comme décor ambiant et source d’inspiration

Grand mélomane, Basquiat possédait une collection de plus de 3000 disques avec des styles les plus variés : le zydeco, la soul, le reggae, le hip-hop, l’opéra, le blues et le plus important de tous : le jazz. La musique s’inscrit au cœur de la carrière de Basquiat, l’exposition met en avant ses expériences en tant que musicien et producteur, aussi bien que comment la musique influence les toiles de l’artiste. Elle permet aussi de souligner la créativité artistique noire et d’expier une histoire afro-américaine particulièrement cruelle et violente.

Basquiat, Dog Bite Ax to Grind, 1983 Soundtracks (Philharmonie du Paris) Photo OOlgan

Au-delà du jazz, la musique c’est le reflet de l’histoire compliqué des Etats-Unis, notamment avec l’esclavage.
C’est la manifestation culturelle la plus forte de la communauté noir-américaine
 avec certains sports.
Vincent Bessières, entretien avec Singular’s 

La déferlante du hip-hop à New-York dans les années 80

Appartenant à un groupe de musique nommé Gray, Jean-Michel Basquiat fait ses premières expériences musicales au sein du courant no wave. Une autre vague musicale fait son apparition à ce moment, le hip-hop provenant des ghettos de Harlem et du Bronx. Un style à part, aux sonorités jamais entendues auparavant et qui va révolutionner le paysage culturel avec une nouvelle manière de danser, de peindre (le graff) et de chanter (le rap).
L’artiste fréquente les soirées au Negril et au Roxy où DJ de la Zulu nation (pionniers du mouvement), MC et graffeurs révèlent leurs talents et une discipline en pleine mutation.

La proximité du geste pictural et du sampling du hip-hop

Le sampling c’est prendre une séquence et la mettre en boucle. Quand nous regardons les tableaux de Basquiat, il fait pareil en prenant des bouts de ses dessins, avec des choses qui n’ont rien à voir et il les superpose, ou les répète. Ça ressemble beaucoup à ce que fait un producteur de hip-hop qui prend des samples pour faire des beats en construisant un morceau par addition.

Basquiat, Negro Period, 1986 Basquiat Soundtracks (Philharmonie du Paris) Photo OOlgan

Le rapport entre Basquiat et l’objet vinyl

Vinyles appartenant à Jean-Michel Basquiat, photo Baptiste Le Guay

Riche d’une collection musicale éclectique, les disques occupent une place singulière dans l’œuvre de l’artiste. Basquiat liste parfois sur ses toiles les titres enregistrés par des grands jazzmen comme Louis Armstrong ou Fats Waller, ou encore les données relatives aux œuvres de Charlie Parker (recopiant ces informations d’après une édition intégrale des enregistrements du saxophoniste par la marque Savoy).

Il mentionne dans ses peintures des titres, des interprètes, des numéros de matrice, des références et des logos de marques avec précision. Ces indices musicaux sont incorporés minutieusement dans ses tableaux. « Dans ses toiles Basquiat cite des disques. Il est obsédé par la forme du cercle en dessinant des lunes, des pièces de monnaie, et des balles de base-ball. Le disque représente la fixation de la musique. » explique Vincent Bessières.

Basquiat, Sans titre (Estrella), 1985 Basquiat Soundtracks (Philharmonie du Paris) Photo OOlgan

Le jazz, genre musical favori de l’artiste

Le style musical qui revient le plus fréquemment dans la carrière de Basquiat n’est rien d’autre que le jazz. Considéré comme une contribution majeure de la part des afro-américains au domaine des arts, le peintre célèbre le génie créatif de ses compères. Il y fait allusion en racontant une partie de leur histoire en remontant à la source du genre basé à La Nouvelle-Orléans. Loin d’être de simples hommages, ces références inscrivent le jazz dans un contexte diasporique plus large, faisant écho à une ségrégation et à un racisme subit par ces musiciens noirs.

Basquiat aime bien disséminer des informations.
Il laisse des traces sur ce qui le préoccupe comme l’histoire américaine et africaine.
Il dit qu’en tant que noir américain il porte une mémoire culturelle, il considère qu’elle est en lui.
Tout ça s’entrechoque dans sa peinture.

Basquiat, Eroica II & I, 1988 (Basquiat Soundtracks) Photo OOlgan

Une identification esthétique et intime

« Le fait de s’identifier à Charlier Parker et aux musiciens du be-bop c’est une façon de s’inscrire dans l’histoire artistique de cette ville » insiste le co-commissaire. Particulièrement réceptif au be-bop, avant-garde du jazz qui a élargi et complexifié les principes d’improvisation dans les années 1940. « C’est une improvisation très encadrée par les accords, par le rythme, ça demande une forme de virtuosité que Basquiat admirait beaucoup » révèle Vincent Bessières.

Pur produit New-Yorkais, Basquiat peint sa ville et est devenu une référence dans l’art considéré comme underground, devenu en vogue et désormais validé par le plus grand nombre. Une super exposition qui met en lumière un artiste à la carrière fulgurante, décédé à seulement vingt-sept ans.

Profitez de cette réussite muséale – à notre avis – une manière idéale pour approcher l’effervescence Basquiat, et de plonger en musique dans un univers pictural fascinant, et réciproquement.

#Baptiste Le Guay

Pour aller plus loin : Basquiat Soundtracks (Podcast FIP)

Pour aller plus loin sur Basquiat Soundtracks

Basquiat Soundtracks à la Philharmonie de Paris

jusqu’au 30 juillet 2023 à la Philharmonie de Paris
du mardi au jeudi de 12h à 18h, le vendredi de 12h à 20h, samedi et dimanche de 10h à 20h

Coédition Gallimard/Philharmonie de Paris/Musée des beaux-arts de Montréal, 288 p., 196 ill. 39€

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