Culture

De Jarrett à Krall, notre sélection 2020 du meilleur du Jazz en 10 albums

Auteur : Ezéchiel Le Guay
Article publié le 8 décembre 2020

Que retenir du jazz en 2020 ? Complétant nos chroniques, notre sélection reste férocement subjective avec 10 albums, établie au gré des bonheurs et des humeurs entre incunables incontournables et nouveautés aux allures de classiques. A (s’) offrir ou à partager pour de bonnes fêtes !

Without Deception, Kenny Barron, Dave Holland et Johnathan Blake

Avec le batteur Johnathan Blake (1976), le contrebassiste Dave Holland (1946) et le pianiste Kenny Barron (1943) signent ici un album accompli, à la technique irréprochable. Au programme : 9 compositions personnelles et une de Monk. Le titre Pass It On est un des meilleurs exemples pour illustrer à quel point le niveau et la complicité sont élevés. La batterie donne une énergie folle, un élan considérable à la musique. Sur cette base rythmique enlevée, les deux autres instruments exposent le thème et improvisent. C’est une merveille.

Red (Live), Richard Pizzorno, André Ceccarelli et Diego Imbert

Quel dommage que ce concert soit passé inaperçu et qu’il n’ait pas attiré l’attention qu’il aurait dû recevoir. C’est pourtant une prestation de haut niveau que nous livrent ici le pianiste Richard Pizzorno (1955), le batteur André Ceccarelli (1946) et le contrebassiste Diego Imbert (1966). Beaucoup de morceaux regorgent de swing grâce aux rythmes donnés par la batterie, à l’accompagnement de la contrebasse plein d’énergie et grâce au piano qui n’en fait jamais trop, juste assez pour faire taper du pieds.

Warna, Joey Alexander

Joey Alexander (2003) est un phénomène. Il n’a que 17 ans, il a sorti 5 albums et a déjà été nommé aux Grammy Awards. Son dernier album, Warna, ce qui signifie « couleur » dans sa langue natale, le bahasa, montre son immense maturité musicale qui le caractérise. Il signe ici un album plus personnel que les autres, avec plus de compositions et des rythmes assez singuliers. Le trio qui joue ici donne l’impression d’avoir de nombreuses années d’expérience. Pourtant, il n’en est rien, il a été formé très peu de temps avant l’enregistrement. C’est bluffant.

Budapest Concert (Live), Keith Jarrett

Pour Singulars, Keith Jarrett qui vient de fêter ses 75 ans et annoncé son départ définitif de la scène, reste incontestablement le maître de l’improvisation en piano solo. Après les concerts mémorables, tous best sellers au disque comme le Köln Concert (1975), Vienne (1991), les Sun Bear Concerts ou encore ceux à Munich et à Brégence de 1981, celui à Budapest du 3 juillet  2016 à Budapest qui vient d’être (enfin) édité par son label fétiche ECM sonne comme une dimension testamentaire. Divisé en 12 parties improvisées, il se complète deux morceaux connus It’s a Lonesome Old Town et Anwer Me. Son jeu témoigne encore d’un niveau hors du commun et d’une maîtrise immense de l’exercice. Dans certains passages, les notes sont comme en apesanteur, elles créent une superbe ambiance poétique et pleine de rêverie. Le dernier jalon d’un immense parcours de musicien.

Jazz Piano French Touch, Petrucciani, Legrand, Loussier

Trois pianistes de renom : Michel Petrucciani (1962 – 1999), Michel Legrand (1932 – 2019) et Jacques Loussier (1934 – 2019). Ils ont tous les trois marqué l’histoire du jazz à leur manière. Petrucciani a choisi de composer et de reprendre des standards en leur insufflant une touche bien particulière, pleine de swing. Loussier a choisi de reprendre des morceaux de Bach pour leur donner une saveur jazzy. Enfin, sans le réduire à ce type de musique, Legrand s’est imposé en maître incontesté de la comédie musicale. Cet album est une compilation de leurs titres ; une belle manière de s’initier à leur œuvre ou de continuer à l’aimer davantage. C’est une manière de ne pas les oublier.

8: Kindred Spirits (Live from the Lobero), Charles Lloyd

Le 15 mars 2018, le saxophoniste Charles Lloyd (1932) fêtait ses 80 ans avec ses amis musiciens au Lobero Theatre à Santa Barbara, sa ville natale. Le label Blue Note a décidé cette année de faire de ce concert un album. Parmi les quatre titres proposés, il y a cette composition mexicaine intitulée La Llorona, littéralement « la femme en pleurs ». Après une magnifique introduction menée par le piano, Charles Lloyd arrive sur le devant de la scène, au bout de plus de 5 min. Son saxophone, au son méditatif, reproduit le désarroi de cette femme qui gémit de tristesse. Certains passages font parfois penser au jeu de John Coltrane à la fin de sa vie. C’est si beau.

This Dream of You, Diana Krall

Encore une fois, Diana Krall (1964) nous séduit ; sa voix nous envoute. Dans cet album, l’artiste au cinq Grammy Awards alterne entre ballades et morceaux plus rapides. Les morceaux, enregistrés entre 2016 et 2017, sont un bel hommage au regretté Tommy LiPuma, le producteur de Diana Krall disparu en 2017. Dans ce titre (précisé) très swing, elle nous montre tout son talent de chanteuse à la voix brumeuse et de pianiste au jeu rythmé.

Sans oublier (nos chroniques)

Références discographiques pour 2020

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